Roy Hytower, 1942-2026

© : Connie Carroll / Profil Facebook de Bob Mandarino.

Chanteur, guitariste et harmoniciste, Roy Hytower a été actif à Chicago, où il se fit également remarquer comme acteur en jouant notamment les rôles de Muddy Waters, Jimmy Reed et Otis Redding. On apprend qu’il est décédé ce 9 octobre 2026 à l’âge de quatre-vingt-trois ans. Hytower naît le 12 novembre 1942 à Coffeeville, une ville au sud-ouest de l’Alabama proche de la frontière avec le Mississippi. Sa mère est Rosetta Smith et son père Ruben Hytower, guitariste et root doctor qui l’initie à la fois à la musique et aux rites vaudous. Après la mort de sa mère en 1956, il vit à Mobile et commence à se produire, peut-être au sein des Castanets puis de façon certaine dans le house band du Harlem Duke Social Club, un club en vue à Prichard en banlieue de Mobile. Hytower ouvre ainsi pour des artistes de la stature de Fats Domino, Ray Charles et B.B. King !

Il arrive à Chicago en 1962 et remplace à la guitare Mighty Joe Young dans le groupe d’Otis Rush, avec lequel il reste jusqu’à son départ à l’armée en 1965. Cette même année, il enregistre pour Avin un premier single dans une veine très soul, Since I’ve Been Away/I Want Some More, qui démontre que nous avons affaire à un excellent chanteur. En 1966 durant la guerre du Vietnam et d’après Bob Eagle dans la Blues and Gospel Music Encyclopedia, il contracte le paludisme, et, alors qu’il sert sur une mitrailleuse de campagne, il est blessé par des éclats d’obus de mortier. De retour à la vie civile, il se rétablit avant de poursuivre sa carrière musicale et grave en 1968 et 1969 quelques faces pour de petits labels de Chicago orientés soul, Expo, Brainstorm et Blue Rock. Hytower fréquente également de plus en plus de bluesmen de la Windy City dont Muddy Waters, Jimmy Reed et Cash McCall, forme son propre groupe, Motif, mais hormis quelques rares singles dans les années 1970, il n’enregistre pas. Il travaille aussi comme musicien de studio pour B.B. King, Jimmy Reed, Otis Rush et The Dells.

En 1985 dans Muddy Waters: The Hoochie-Coochie Man. © : University of Mississippi.

Roy Hytower se découvre ensuite un talent d’acteur. À partir de 1984 à Chicago, il tient le rôle de Muddy Waters dans la comédie musicale (théâtre) de Jackie Taylor pour la Black Ensemble Theater Company, Muddy Waters: The Hoochie-Coochie Man. Ensuite, pour cette même compagnie, il incarnera Otis Redding dans The Story of Otis Redding (1987), Jerry Butler dans Only the Strong Survive: The Jerry Butler Story (1989) et Jimmy Reed dans Ain’t That Lovin’ You Baby: The Jimmy Reed Story (1991). Entre-temps, en 1988, il réalise avec Motif pour Diamond Gem Records son premier album, « Root Doctor », sur lequel Roosevelt Purifoy apparaît aux claviers. Un disque qui propose des titres bluesy aux côtés d’autres manquant de relief par la faute d’arrangements « électroniques » (boîtes à rythmes)… Comme acteur cette fois au cinéma, il joue de petits rôles dans Poltergeist III (1988), Gentleman Babe (1992), La couleur du destin (1996) U.S. Marshals (1998) et Novocaine (2001), et dans quelques séries télévisées.

© : Discogs.

Au moment de l’enregistrement de son album en 1988, on l’appelle plus volontiers Root Doctor, ce qui le conduit à adopter le nom de Doktu Rhute Muuzic. En 1999, pour le label Root Doctor Records qu’il a fondé, il sort « Cyber Sex », suivi de six autres (« All Time Favorites » en 2007, « Deadbeat Dad » et « Peterbilt » en 2008, « Trifecta » en 2011, « Blues Cruise: The Root Doctor’s Back in Town » en 2016 et « Purpose and Meaning » en 2020), tous passés inaperçus. En 2022, avec le groupe finlandais Highway, il fait cette fois l’objet d’un album plus remarqué et surtout mieux distribué chez Backbeat Records, « Live in Helsinki » (à partir d’un enregistrement de 2019). Relativement méconnu du grand public, Roy Hytower, qui a fait évoluer de façon plus marquée son registre vers le blues en fin de carrière, avec une voix qui a pris du grain et un jeu de guitare intense et inventif, restera comme une figure attachante de la Windy City.

En 2018 au Windy City Blues Fest. © : Howard Greenblatt.

Voici maintenant dix chansons en écoute.
– Since I’ve Been Away en 1965.
– Love That Girl of Mine en 1968.
– Must Be Love en 1969.
– Undertaker en 1969.
– False Advertising en 1970 (avec Gant Green).
– Root Doctor en 1988.
– I’m Ready en 1997.
– Cyber Sex en 1999.
– No Nonsense en 2014.
– Squeeze Me Like a Lemon en 2019.

© : Oya Muuzic.