Walter Roland, mort un 12 octobre

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On ne parle plus beaucoup de lui aujourd’hui, mais dans les années 1930, ce chanteur-pianiste (également guitariste convaincant mais plus ponctuel) fut un acteur annonciateur du premier blues urbain, genre surtout rattaché à Chicago où il sera l’apanage de petites formations. Ceci dit, il a toujours vécu dans l’Alabama, n’a pas enregistré à Chicago mais à New York, et on le retrouve ainsi aux côtés d’excellents bluesmen actifs dans cette ville à l’époque, mais il nous laisse aussi une œuvre intéressante sous son nom, marquée par sa versatilité et sa faculté d’adaptation, au chant comme au piano. La date de naissance de Walter Roland varie selon les sources, la plus probable étant le 20 décembre, en 1900, 1901 ou 1902, les années 1903 et 1906 étant également avancées. Quoi qu’il en soit, il voit bien le jour à Ralph, un hameau de l’Alabama au sud-ouest de Tuscaloosa. Selon Bob Eagle dans la récente Blues and Gospel Music Encyclopedia (mon article du 30 septembre 2026), sa mère est Della Leatherwood et son père Grant Roland, qui sont certainement métayers.

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On ne sait rien de ses premières années, mais dans les années 1920, il se produit autour de Birmingham, période durant laquelle il se marie deux fois, en 1922 et 1926, mais divorce à chaque fois. Il se remarie et sa troisième femme lui donne deux enfants en 1933 puis 1935. Parallèlement, Roland réalise pour Banner ses premiers enregistrements le 17 juillet 1933, Red Cross Blues, Red Cross Blues No. 2 et T-Model Blues (pour une fois à la guitare). Le premier morceau est d’abord crédité à Alabama Sam puis à Mose Jackson, qui sont en fait des pseudonymes, on se perd donc un peu dans sa discographie. D’autant que le lendemain, quatre autres chansons sont gravées pour Banner et rien n’est simple. Sur la première, Man, man, man, il joue de la guitare, comme accompagnateur du chanteur-guitariste Sonny Scott. La deuxième, You Gonna Need Me, est là encore créditée à Alabama Sam puis à Mose Jackson. Enfin, sur Slavin’ Blues et Last Year Blues, il apparaît sous son nom…

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Et ce n’est pas terminé car le 19 juillet 1933, cette fois pour Vocalion, trois morceaux sont réalisés par les Jolly Jivers puis deux autres par les Jolly, des duos derrière se cachent en fait Walter Roland et Sonny Scott ! Le même jour, trois chansons sont enregistrées (deux pour Vocalion, une pour Banner) avec sur l’une d’entre elles la chanteuse Lucille Bogan, qui pour sa part se fait appeler Bessie Jackson. Sous différents noms et dans différentes configurations, ils produisent trois autres titres le 20 juillet 1933. En 1934 et 1935, Roland signe trente-cinq nouvelles faces (toutes pour ARC ou sa filiale Banner), en solo, avec Lucille Bogan et peut-être aussi Josh White, mais au moins quatorze restent inédites. Son ultime séance se tient le 20 mars 1935 avec deux morceaux pour ARC sur lesquels il s’accompagne d’un certain Pinewood Tom, qui n’est autre que Josh White ! Mais ils n’ont pas été édités à ce jour… Il importe de préciser que Roland accompagnera également Bogan (dont le très fameux et salace Shave ‘Em Dry en 1935) et White sur certains de leurs propres disques.

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On perd ensuite la trace de ce bluesman pendant quinze ans, qui, sans doute comme bien d’autres à l’époque, a dû subir les effets de la crise économique. C’est fort regrettable car un tel talent original aurait assurément mérité de poursuivre sa carrière. En 1950, il réapparaît en tant qu’agriculteur du côté d’Hueytown tout près de Birmingham, puis comme travailleur dans le bâtiment. Il se produit également dans les rues durant la décennie suivante, encore sous divers pseudonymes dont Old Soul et Shave ‘Em Dry, sans toutefois repasser par les studios. Le crépuscule de sa vie est tragique. À la fin des années 1960, alors qu’il intervient pour calmer les protagonistes d’une querelle conjugale de voisinage, il est atteint au visage par un tir de chevrotine et perd la vue. Pris en charge par ses filles à Fairfield (toujours près de Birmingham), Walter Roland souffre ensuite d’un cancer du poumon qui l’emporte le 12 octobre 1972, il y a tout juste cinquante-quatre ans, à l’âge de soixante-neuf, soixante-dix ou soixante-et-onze ans.

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Voici maintenant dix chansons en écoute.
– Red Cross Blues en 1933.
– T-Model Blues en 1933.
– Last Year Blues en 1933.
– Jookit Jookit en 1933 (Jolly Jivers).
– Guitar Stomp en 1933 (Jolly Two).
– Whatcha Gonna Do? en 1933 (avec Sonny Scott et Lucille Bogan).
– C.W.A.Blues en 1934.
– Big Mama en 1934.
– Screw Worm en 1935.
– Cold Blooded Murder en 1935 (avec peut-être Josh White).

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