
Cet artiste ne fut pas un bluesman à proprement parler et davantage rattaché au jazz. Mais outre son jeu au ukulélé puis au banjo influencé par le blues, il a accompagné Little Brother Montgomery, Trixie Smith et Jelly Roll Morton, et certains de ses enregistrements relèvent bien de cette musique. Très bon chanteur, il fut surtout un musicien émérite, mais à son époque (à partir de la fin des années 1920) dans un État du sud comme la Louisiane, il était plus difficile de s’imposer dans ce milieu musical quand on n’avait pas la peau blanche… George Guesnon naît le 25 mai 1907 à La Nouvelle-Orléans dans une famille créole et grandit dans le quartier de Tremé. Son père plâtrier cherche à lui enseigner son métier mais il apprend surtout à jouer du ukulélé avec son oncle. Il se met également au banjo en autodidacte, qu’il utilise en l’accordant comme son ukulélé. Après avoir exercé comme apprenti plâtrier, il trouve un premier engagement en 1927 avec les « Kid » Clayton’s Happy Pals, au sein desquels il remplace le banjoïste Earl Stockmeyer, et qui se produisent régulièrement au Humming Bird Cabaret.

Pour continuer sa carrière dans la musique, il prend aussi des leçons auprès de John Marrero afin d’aborder le banjo de façon plus classique. Il fait rapidement preuve d’une grande aisance sur l’instrument (tout en maîtrisant aussi la guitare), ce qui lui permet en 1928 de prendre la place de Marrero dans l’Original Tuxedo Jazz Orchestra d’Oscar Phillip « Papa » Célestin, et on le surnomme alors « Creole » George Guesnon. On le retrouve ensuite dans d’autres formations notables dont celles de Willie Pajeaud, de Sam Morgan (un long bail de 1930 à 1935) et de Lou Johnson. Puis Guesdon s’installe à Jackson, Mississippi. Toutefois, c’est bien à La Nouvelle-Orléans qu’il grave le 16 octobre 1936 une face pour Bluebird, Goodbye, Luck to You, comme chanteur accompagné du pianiste de blues Little Brother Montgomery.

Durant deux ans, « Creole » George Guesnon tourne ensuite au sein de la fameuse troupe itinérante des Rabbit Foot Minstrels, revient en 1938 à La Nouvelle-Orléans puis part pour New York deux ans plus tard, où il travaille donc avec la chanteuse de blues classique Trixie Smith et le pianiste et chef d’orchestre Jelly Roll Morton. Cette même année, le 4 avril 1940, il enregistre pour Decca quatre chansons, dont une relecture de Goodbye, Luck to You. De retour à La Nouvelle-Orléans en 1941, il travaille pour une compagnie de tramways puis sert dans la marine marchande pendant la Seconde Guerre mondiale. La suite de sa carrière se poursuit dans le jazz, notamment dans les orchestres du clarinettiste George Lewis et du trompettiste « Kid » Thomas Valentine. Il enregistre assez abondamment dans les années 1950 et 1960, tout en apparaissant fréquemment au Preservation Hall dans le Quartier français. « Creole » George Guesnon s’est éteint le 6 mai 1968 à l’âge de soixante ans. Je vous propose de l’écouter sur Goodbye, Luck to You (1936), Black Woman Blues (1940) et Sunflower County Blues en 1959.

