
Comme chaque année, je vous propose des portraits des artistes et groupes au programme de la prochaine édition du festival Terre de Blues, qui se déroulera du 22 au 25 mai 2026 sur l’île de Marie-Galante en Guadeloupe. Il s’agit aujourd’hui de J.P. Bimeni & The Black Belts, qui se produira lors de la troisième et dernière soirée dimanche 24 mai sur la grande scène de l’habitation Murât. Originaire du Burundi mais installé en Angleterre, Bimeni propose une musique très inspirée de la soul américaine des années 1960. Il naît Jean Patrick Bimenyimana Serukamba en décembre 1976 à Bujumbura, la capitale du Burundi, d’une mère descendante de la famille royale et d’un père militaire. Suite à la séparation de ses parents, il est élevé par sa mère et découvre la danse avant la musique alors qu’il est en pensionnat. En 1993, la guerre civile éclate entre les Hutus (dont est issue sa mère) et les Tutsis (d’où vient son père). Le 21 octobre 1993, il survit miraculeusement au massacre du lycée Kibimba qui fait 150 victimes, mais il est très gravement blessé par balle à la poitrine alors qu’il fuyait.

Hospitalisé à Nairobi au Kenya où son pronostic vital est engagé, il apprend durant sa convalescence qu’il est sur une liste de personnes recherchées, mais il parvient à obtenir le statut de réfugié, et en août 1995, il est admis grâce à une bourse au UWC Atlantic College à Llanwit Major au Pays de Galles. D’après l’émission Jazz Bonus du 24 octobre 2018 pour Radio France, il commence alors à s’intéresser de près à la musique : « C’est au Pays de Galles que j’ai acheté des disques pour la première fois – des compilations de Ray Charles, Otis Redding, Bob Marley et Marvin Gaye. » Après avoir étudié la politique et l’économie à l’université de Lancashire à Preston, cette fois en Angleterre, il se produit de temps en autre dans les clubs locaux, puis il s’installe en 2001 à Londres où de nouvelles opportunités s’offrent à lui. Selon sa biographie sur son site Internet, il côtoie des artistes et groupes comme Roots Manuva, Shingai Shoniwa, la chanteuse du groupe Noisettes, et même Adele, alors inconnue.

Bimeni apparaît dans plusieurs formations comme Mantilla et le Jezebel Sextet qui reprennent Sam & Dave et Otis Redding, preuve si c’était nécessaire de son ancrage profond dans la Southern Soul, ce dont attestent également ses vocaux souples et très expressifs. Et en 2017, il est engagé comme chanteur des Black Belts, qui sortent un premier album l’année suivante, « Free Me » (Tucxone), puis un deuxième en 2022 « Give Me Hope » (Lovemonk), dont les titres sont évidemment en lien avec le passé douloureux du chanteur… Sur son site, J.P. Bimeni rappelle d’ailleurs que la musique est un moyen de survie : « On ne peut pas se laisser constamment envahir par la douleur causée par nos problèmes. Il faut les écarter pour laisser la place à quelque chose qui remplacera la douleur, l’angoisse et la terreur. » Rien à ajouter, sinon mes habituelles trois chansons en écoute, Honesty Is a Luxury, Keep on Running et James Stern.

