Festival Terre de Blues 2026, portrait de Misié Sadik

© : Reggae.fr

Comme chaque année, je vous propose des portraits des artistes et groupes au programme de la prochaine édition du festival Terre de Blues, qui se déroulera du 22 au 25 mai 2026 sur l’île de Marie-Galante en Guadeloupe. Il s’agit aujourd’hui de Misié Sadik, qui se produira lors de la deuxième soirée samedi 23 mai sur la grande scène de l’habitation Murât. Avec le Guadeloupéen, nous avons enfin affaire à un artiste connu et populaire au-delà des seules Antilles françaises, qui depuis une bonne quinzaine d’années s’exprime dans un registre plutôt varié, qui privilégie le dancehall et le hip-hop, avec toutefois des emprunts au reggae, au zouk, à la pop, voire à la soul…

© : Profil Facebook de Misié Sadik.

Il naît Mickaël Maragnes le 23 décembre 1983 aux Abymes mais grandit dans le quartier de Dupré à Sainte-Anne. Comme son père joue du gwoka, il se met naturellement à l’instrument et fréquente même la célèbre école Kimbol fondée en 1986 par Georges Troupé (1941-2009). Il évoque ses débuts dans une interview du 18 janvier 2021 par Mylène Colmar pour la Grande Caraïbe : « Mon premier rapport à la musique est familial. Mon père est un batteur. Comme il s’appelle Edmard, on m’a longtemps appelé ti Edma. Il a été très impliqué dans la vie culturelle et associative à Sainte-Anne, pour le carnaval notamment. Il mettait sa batterie à disposition, laissait jouer les gens. De plus, à Sainte-Anne, les quartiers étaient organisés en cours. Mes parents habitaient dans l’une d’entre elles. Il y avait beaucoup de vie. J’ai été bercé par cette ambiance où résonnaient souvent le gwoka, la batterie, etc. Cela a été mon premier rapport à la musique. »

© : Karukerament.

Maragnes ajoute ensuite le chant et l’écriture pour s’orienter davantage vers le rap et cite parmi ses premières influences Booba, Sinik, IAM et Busta Flex (d’après Colmar) : « J’ai écrit mes premiers textes à l’âge de quinze, seize ans. Au début, beaucoup sur les filles. Nous apprenions à écrire, nous étions donc plus dans un mimétisme de ce que faisaient les plus grands. Ce n’était rien de très valeureux… C’est en nous construisant en tant qu’individus que les textes mûrissent. Cependant, malgré tout, très tôt, j’ai commencé à parler de la société, du système – Babylone, à l’époque. Nous attaquions beaucoup les politiques. Cela nous permettait déjà, en tant qu’adolescents, de nous questionner sur la société. Pour écrire des textes, il faut réfléchir avant. Tu dois te demander ce que sont les problématiques, ou tu te bases sur ce que tu as entendu et que tu approfondis. Cela a beaucoup contribué à mon développement, mon apprentissage, mon évolution en tant qu’homme. » Très actif, il participe ensuite au Kollectif Westside qui organise des sound systems (à partir de sonos transportables) et accompagne des artistes avec le studio Cask d’Or, toujours à Sainte-Anne.

© : l’Or des Îles.

Misié Sadik est alors surtout connu localement mais ses premiers enregistrements vont favoriser une plus large popularité. Comme il a également des compétences techniques, il autoproduit son premier album qui sort en 2009, « Pli lwen ki zyé ». Une chanson tirée du disque, On sèl kou, lui vaut l’obtention l’année suivante du prix de la révélation par la Sacem. Dès lors, il se produit dans de grandes salles, en Guadeloupe et dans l’Hexagone. En 2011, il signe pour le label Step Out Productions de l’artiste Kris (vu l’an dernier le dernier jour à Terre de Blues) et réalise deux ans plus tard son deuxième album, « A kè Wouvè », suivi d’un troisième en 2018, « An Silans », qui remporte trois trophées aux Hit Lokal Awards, dont celui d’album de l’année. Misié Sadik n’a plus enregistré depuis, mais cela ne l’empêchera pas de performer sur scène ! Voici trois chansons en écoute : On sèl kou, Pwens Chawman et O Swè la.

Saïna Manotte et Misié Sadik. © : Maxime Manot.