Festival Terre de Blues 2026, portrait de Sugaray Rayford

© : Montana Folk Festival.

Comme chaque année, je vous propose des portraits des artistes et groupes au programme de la prochaine édition du festival Terre de Blues, qui se déroulera du 22 au 25 mai 2026 sur l’île de Marie-Galante en Guadeloupe. Il s’agit aujourd’hui du bluesman de cette édition, Sugaray Rayford, qui ouvrira la deuxième soirée samedi 23 mai sur la grande scène de l’habitation Murât. Contrairement aux artistes du premier soir, aucun problème cette fois pour trouver de la documentation sur ce chanteur très connu des amateurs de blues du monde entier. Comme je l’écrivais dans mon article de présentation du programme, il fait à mon sens partie des meilleurs chanteurs actuels de blues et soul blues (sa discographie de très haut niveau et ses performances en témoignent), et sa voix hyper expressive pleine de ferveur devrait faire sensation sur la scène du festival. J’ai également chroniqué pour Soul Bag son tout premier album sorti en 2010 (« Blind Alley », autoproduit), avant de lui consacrer un article et une émission « Les Temps du Blues » le 5 mars 2019 pour la parution de son disque « Somebody Save Me » (Forty Below Records).

© : Discogs.

De son vrai nom Caron Nimoy Rayford, il naît le 13 février 1969 à Tyler, une grande ville (environ 112 000 habitants) de l’est du Texas. Entre cinq et sept ans selon les sources, il débute au chant (et à la batterie !) à la Bethel Temple Church of God In Christ à Tyler. Son enfance est toutefois difficile et marquée par la pauvreté, d’autant que sa mère qui doit l’élever seule avec ses deux frères est en outre atteinte d’un cancer qui l’emporte quand Sugaray n’a que onze ans. Il grandit avec sa grand-mère et sa situation s’améliore nettement, tout en lui évitant de mal tourner, comme il l’expliquait le 1er juin 2018 dans une interview de Don Wilcock publiée par Blues Blast Magazine : « Je pense que la plupart des gens que je fréquentais étaient juste contents que ma grand-mère élève trois gosses du ghetto qui ne sont jamais allés en prison ou quelque chose du genre. On a fait mentir les statistiques. Ma grand-mère m’aimait plus que tout, tout en étant de la vieille école. Elle n’était pas encline à dire « je t’aime ». Il n’y avait pas beaucoup d’amour et de bisous. Elle t’habillait, te logeait, te nourrissait. Rien d’autre. »

© : Discogs.

Dès ses douze ans, tout en continuant d’officier à l’église, il commence aussi à chanter de la musique séculière, du blues, de la soul et du R&B, même s’il le fait discrètement. Car sa grand-mère lui impose, ainsi qu’à ses deux frères, d’aller à l’église tous les jours, où Sugaray prend même de l’importance. Il finit par diriger une chorale, et a seize ans, il œuvre au sein de l’Inspirational Youth Choir, qui compte plus de 300 membres ! Mais, un peu contre toute attente, il s’engage ensuite dans les Marines : « C’était un moyen de sortir de l’église, de la région, du ghetto, de prendre tout simplement un nouveau départ. J’ai même pensé que c’était le seul moyen de devenir quelqu’un hors de Tyler, Texas. » Après dix ans de service, Rayford revient à la musique, désormais du côté de San Diego en Californie, où il est désormais installé. Le chanteur apparaît en 2003 au sein des Urban Gypsies dans un registre soul, funk et R&B, puis l’année suivante avec les Aunt Kizzy’z Boyz, plus orienté blues. Ils sortent deux albums en 2004 et 2007 sur leur propre label SugarKind Records, « Trunk Full of Bluez » et « It’s Tight Like That ». En 2006, ils atteignent la finale de l’International Blues Challenge à Memphis.

Au Pan Piper, Paris, 11 octobre 2019. © : J-M Rock’n’Blues / Soul Bag.

Sugaray Rayford réalise son premier album (autoproduit) sous son nom en 2010, « Blind Alley », salué par la critique. Il rejoint alors les Mannish Boys et chante sur neuf chansons de leur double album « Double Dynamite » (2012, Delta Groove), avec Bob Corritore, Jason Ricci, Rod Piazza, James Harman, Elvin Bishop, Junior Watson, Kid Ramos, Frank Goldwasser, Kirk Fletcher, Finis Tasby… Désormais très en vue sur la scène californienne et résident de Los Angeles, Rayford poursuit une carrière personnelle brillante jalonnée de remarquables albums : « Dangerous » (2013, Delta Groove), « Southside » (2015, autoproduit), « The World That We Live In » (2017, Blind Faith), « Sugaray Rayford » (2017, autoproduit), « Somebody Save Me » (2019, Forty Below), « In Too Deep » (2022, Forty Below) et « Human Decency » (2024, Forty Below), qui lui ont valu plusieurs Blues Music Awards et une nomination au Grammys (« Somebody Save Me »). Voici maintenant comme de coutume trois chansons en écoute : I Let Love Slip Thru My Fingers, I’d Kill for You, Honey et Death Letter Blues.

D.K. Harrell et Sugaray Rayford, Blues Peer, Belgique, 2025. © : Marco van Rooijen.