
Ce chanteur-guitariste texan a gravé sous son nom dix faces en 1929 et 1930, et à peu près autant comme accompagnateur de Texas Alexander. Il a été redécouvert en 1962 et 1964, le temps d’interviews et de quelques autres enregistrements qui n’ont pas été édités sur disque. George Jones naît le 5 octobre 1899 dans le comté de Bowie au nord-est du Texas, à la frontière de l’Arkansas. Nous disposons d’éléments sur ses premières années grâce à un article de Robert Tilling publié en 1998 dans le numéro 135 de Blues & Rhythm (sur la base d’interviews de 1962 et 1964, voir plus loin). Il est le fils unique de Lena Holloway et de Felix Jones, dont le père, un ancien esclave, possédait une ferme depuis 1870. La nourriture abondait grâce aux produits de la ferme (porc, maïs, légumes du jardin, lait de vache), mais la famille cultivait également du coton. Il va à l’école jusqu’en sixième, mais à partir de ses treize ans, les problèmes de santé de son père, la perte d’une partie de la récolte puis du bétail pour cause de maladie l’obligent à s’investir davantage dans les travaux agricoles.

Au même moment, alors qu’il a probablement appris à jouer du piano à l’église, il se consacre également à la guitare grâce à sa mère qui lui en offre une, probablement achetée d’occasion. Sa biographie après 1916 est mal renseignée. Il a probablement vécu de divers petits boulots tout en jouant dans les rues, à Dallas et surtout San Antonio. Quand il travaillait dans le bâtiment à Garland non loin de Dallas, il aurait été surnommé « Little Hat » par le patron de l’entreprise car une bonne partie du rebord de son chapeau manquait… Certains spécialistes référents, dont Bob Eagle dans sa toute récente encyclopédie en ligne Blues and Gospel Music Encyclopedia, avancent qu’il pourrait être un des deux guitaristes qui accompagnent la chanteuse Ollie Rupert sur ses deux seules faces le 28 février 1927 chez Victor, I Raised My Window and Looked at the Risin’ Sun et Ain’t Goin’ to Be Your Low Down Dog, alors que d’autres sources citent Will Weldon et Will Shade.

Néanmoins, ses premières apparitions avérées sur disque datent du 15 juin 1929, en tant que guitariste de Texas Alexander, et le duo enregistre ce jour-là neuf faces pour OKeh. Le même jour, toujours pour OKeh mais cette fois en solo au chant et à la guitare sous le nom de Little Hat Jones, il enregistre deux chansons. Quatre suivent six jours plus tard, le 21 juin 1929, et encore quatre environ un an plus tard, le 14 juin 1930. On perd ensuite sa trace, on sait seulement qu’il s’est installé en 1937 à Naples, Texas, dans sa région natale. Selon Tilling, il a travaillé comme fermier, au département d’État, dans les chemins de fer, dans des scieries, dans un élevage de poulets, comme concierge, dans des maisons de retraite… Mais Morris G. Craig et Thomas M. Young le retrouvent en 1962. Ils l’interviewent puis remettent ça deux ans plus tard, tout en enregistrant neuf chansons dont cinq sont réellement exploitables. Elles resteront inédites sur disque mais grâce à Stefan Wirz, il existe une vidéo avec ces cinq chansons qui démontrent l’implication de ce bluesman rural au chant véhément et au jeu de guitare inventif. Little Hat Jones nous a quittés le 7 mars 1981 à l’âge de quatre-vingt-un ans.

Je vous propose en écoute l’intégralité de sa discographie, soit ses dix faces de 1929 et 1930, ainsi que la vidéo qui rassemble les cinq chansons de la séance de 1964.
– New Two Sixteen Blues en 1929.
– Two String Blues en 1929.
– Hurry Blues en 1929.
– Corpus Blues en 1929.
– Rolled From Side to Side Blues en 1929.
– Little Hat Blues en 1929.
– Kentucky Blues en 1930.
– Bye Bye Baby Blues en 1930.
– Cross the Water Blues en 1930.
– Cherry Street Blues en 1930.
– Vidéo par Stefan Wirz reprenant les cinq chansons de 1964, Trouble (Little Hat Rag), All Around the Water Tank, St. Louis Blues, New Dallas Blues et That’s Alright Baby (You Don’t Mean Me No Good).

