
Même les historiens les mieux renseignés ignorent si Harold Holiday, mieux connu sous le nom de scène de Black Boy Shine, est réellement né un 12 septembre, il n’existe aucune photo de ce chanteur-pianiste, et les éléments biographiques le concernant sont rares. Mais en 1936 et 1937, il a gravé vingt-sept faces, ce qui est plutôt significatif en cette période charnière (entre Grande Dépression et Seconde Guerre mondiale) souvent qualifiée de creuse pour le blues. En outre, son style de piano subtil se démarque du jeu puissant de type barrelhouse généralement pratiqué, et ses textes mélancoliques sont de précieux témoignages sur la vie des Afro-Américains à l’époque de la ségrégation. Un talent original qui mérite assurément l’attention.

Harold Holiday naît donc probablement le 12 septembre 1908 dans le comté de North Bend, au sud-est du Texas, de Hattie Griffin et Walter Holiday. On ne sait rien des ses premières années, mais au tournant des années 1920 et 1930, il fait partie du Santa Fe Group, qui comprend d’autres pianistes itinérants comme Buster Pickens, Black Ivory King, Robert Shaw, Pinetop Burks, Roosevelt Williams, Rob Cooper et Andy Boy. Le 20 avril 1935, il accompagne sur quatre titres (ARC et Vocalion) la chanteuse Bernice Edwards, avec également à la guitare Howling Smith, qui n’est autre que J.T. « Funny Papa » Smith. Le même jour, cette fois sous le nom de Black Boy Shine, il signe chez Vocalion cinq faces avec Howling Smith, qui restent toutefois inédites. En 2008, dans le chapitre « From Bumble Bee Slim to Black Boy Shine: Nicknames of Blues Singers » de son livre Ramblin’ on My Mind: New Perspectives on the Blues (University of Illinois Press), l’historien et musicologue David Evans essaie d’expliquer pourquoi Holiday a choisi le pseudonyme Black Boy Shine : « On pourrait en effet se demander pourquoi un bluesman adopterait un surnom comme Shufflin’ Sam, Big Nig ou Black Boy Shine, ce qui, de prime abord, peut s’assimiler à une acceptation de stéréotypes raciaux. Un examen plus poussé révèle toutefois que les personnalités de ces artistes étaient loin d’être enclines à la soumission. (…) Black Boy Shine, dont le surnom combine trois termes aux connotations péjoratives quand il enregistra dans les années 1930, chantait son existence indépendante, sa vie au jour le jour dans les troquets, les hôtels de passe et les trains comme clandestin. »

Black Boy Shine retrouve le chemin des studios Vocalion à trois reprises, le 20 novembre 1936, puis les 14 et 15 juin 1937. Il enregistre en solo vingt-sept faces dont huit seront d’abord inédites avant d’être rééditées en 1994 par Document. On perd ensuite progressivement sa trace, même s’il a forcément continué de se produire. Dans son article « Stomp the Grinder Down – Texas Blues Piano – Part 1 » paru en 2010 dans le numéro 250 de Blues & Rhythm, l’auteur et historien Michael Ortig nous en dit un peu plus sur ce bluesman. Il mesurait 1,80 m pour 70 kilos, avait les cheveux lisses, et il aurait été un joueur invétéré doublé d’un coureur de jupons… Buster Pickens l’aurait encore vu en 1948, quand il était déjà atteint de la tuberculose. Black Boy Shine décède des suites de cette maladie le 28 mars 1952, à l’âge de quarante-trois ans.

Voici maintenant dix chansons en écoute.
– Wrong Doing Woman Blues en 1936.
– Sugarland Blues en 1936.
– Dog House Blues en 1936.
– Ice Pick and Pistol Woman Blues en 1937.
– Grey With Worry Blues en 1937.
– Dallas Woman Blues en 1937.
– Gamblin’ Jinx Blues en 1937.
– Bad Whiskey Blues en 1937.
– Hobo Blues en 1937.
– Crosseyed Man Blues en 1937.

