
Ma récente pause sur ce site ne m’a pas permis d’évoquer la disparition de la chanteuse Ruby Andrews, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. Dans un registre englobant soul, R&B et plus tard soul blues, cette chanteuse active à Chicago, surtout populaire à la fin des années 1960, nous a donc quittés le 13 août 2026 à soixante-dix-neuf ans. Née Ruby Mae Stackhouse à Hollandale, Mississippi, une ville du Delta entre Rolling Fork et Leland sur la mythique Highway 61 ou Blues Highway, elle commence à chanter très jeune, comme elle le rapportait à Bill Dahl dans un article du 8 juin 2022 pour The Chicago Reader (dont sont tirés nombre d’éléments biographiques pour la présente publication) : « Je pense que je devais avoir dans les trois ans. Quand on venait du Mississippi, on allait à l’église, à n’importe quel âge. Soit on prenait place dans le public, ce qui était ennuyeux, soit on rejoignait la chorale. »

Elle n’aura pas vraiment le temps de chanter dans sa ville natale car sa famille s’installe à Chicago quand elle a cinq ans, fin 1952 ou début 1953 (« je me souviens seulement du voyage en train »). Ruby grandit dans le quartier de Hyde Park où elle chante au lycée (Hyde Park High School), notamment avec Minnie Riperton, une camarade de classe qui fera aussi une belle carrière dans la soul de la Windy City. Malgré leur jeune âge, les deux adolescentes parviennent après les cours à se faufiler dans les clubs autour du Sutherland Hotel, où des chanteurs comme Walter Jackson et Curtis Mayfield font des apparitions. Puis les choses se concrétisent pour Ruby : « À Hyde Park, j’ignore si d’autres lycées faisaient de même, nous avions un spectacle de variétés en fin d’année scolaire. Je me suis inscrite un jour. Puis j’ai eu un groupe, je ne sais plus d’où les autres membres venaient, mais nous avons répété et encore répété. J’ai interprété Be Ever Wonderful [de Ted Taylor] en reprenant chaque note comme lui, et ça m’a valu une standing ovation. En entendant cela, je me suis dit que c’était ce que je voulais faire ! »

Elle fait partie des Vondells, et en août 1964 (la date exacte varie toutefois selon les sources), elle est présente sur deux singles chez Marvello, Errand Boy/Then I Know et Lenora/Valentino, sous son nom de naissance Ruby Stackhouse. L’année suivante, elle figure toujours comme choriste au sein des C.O.D.s, qui signent en 1965 chez Kellmac Records Michael (the Lover), qui atteint la cinquième place des charts R&B de Billboard ! Enfin, sans doute fin 1965, elle grave cette fois sous son nom (précisément Ruby Stackhouse & The Vondells) son premier single, Please Tell Me/Wishing chez Kellmac. Là encore, selon certaines sources il a été enregistré après le single des C.O.D.s, et selon d’autres après… Quoi qu’il en soit, sa carrière est lancée et sa voix encore juvénile est déjà délicieusement sensuelle. Son manager Bob Morris lui permet de rencontrer Ric Williams, qui s’apprête à fonder son label Zodiac Records avec l’implication de la chanteuse, qui en profite pour changer de nom : « J’en avais marre qu’on se moque de moi. J’ai changé pour le nom d’une de mes actrices préférées, Julie Andrews. »

Et Ruby Andrews inaugure en 1967 le catalogue Zodiac avec un premier single qui sera suivi de quatorze autres jusqu’en 1973. Elle obtient d’ailleurs son premier succès notable dès 1967 avec Casonova (Your Playing Days Are Over), qui se hisse à la neuvième place des charts R&B de Billboard. Quatorze singles suivent pour le label jusqu’en 1973, avec des chansons remarquées comme You Can Run (But You Can’t Hide) en 1968, You Made a Believer (Out of Me) en 1969, Everybody Saw You et You Ole Boo Boo You en 1970. On les retrouve sur les albums « Everybody Saw You » (1970) et « Black Ruby » (1972). Parallèlement, Williams et Andrews entretiennent une relation intime, mais Zodiac ne permet pas à la chanteuse de réellement élargir sa popularité malgré son talent. Son engagement chez ABC en 1976 ne génère pas davantage de hits réellement notables, même si le morceau Queen of the Disco la relance un peu en 1977, date à laquelle sort l’album « Genuine Ruby ». Ruby Andrews ne se décourage pas et réapparaît dans les années 1990 avec des albums plus orientés soul blues : « Kiss This » (Ichiban, 1991, produit par Swamp Dogg !), « Ruby » (Goldwax, 1993) et « Hip Shakin’ Mama » (Ripete, 1998). Elle crée également Genuine Ruby Records LLC, et fut la femme de Robert « Squirrel » Lester, chanteur du groupe The Chi-Lites.

