Morris Pejoe, mort un 27 juillet

Ce chanteur-guitariste n’a pas enregistré d’album complet sous son nom, et nombre de ses faces, gravées dans les années 1950 et 1960, sont restées inédites. Pourtant, avec ses influences qui empruntent au cajun et au zydeco, sa voix claire qui rappelle les chanteurs de R&B de l’époque, son jeu de guitare incisif qui s’inspire des grands stylistes texans, l’accompagnement du pianiste louisianais Henry Gray, on peut dire que Pejoe, qui a fait carrière à Chicago, est assurément un bluesman original… Pejoe fut aussi le mari de la chanteuse Mary Lane (toujours active à 90 ans !) jusque vers 1970. Il naît Morris Pejas le 11 avril 1924 à Palmetto, un village en plein pays cajun proche des Opelousas, pas très loin d’un secteur qui verra naître un an plus tard un certain Clifton Chenier. Très logiquement, il adopte d’abord le violon, un instrument très répandu dans la musique cadienne. Ses premières années sont mal renseignées, mais on peut imaginer qu’il s’est exprimé dans ce style durant sa jeunesse.

Mais quand il s’installe à Beaumont, Texas, en 1949, il découvre des artistes comme Lightnin’ Hopkins, et surtout T-Bone Walker et Clarence « Gatemouth » Brown qui le marquent beaucoup. Il modifie donc son approche et privilégie la guitare. Deux ans plus tard, on le retrouve à Chicago, où il se lie avec un autre Louisianais, le chanteur-pianiste Henry Gray, qui a ses entrées auprès des frères Chess. Ainsi, en novembre 1952, Morris Pejoe (qui avait donc déjà abandonné son nom de naissance au profit de Pejoe), enregistre avec Gray au piano son premier single pour Checker, la filiale de Chess, Gonna Buy Me a Telephone/Tired of Crying Over You. L’alliance de la guitare saturée et intense de Pejoe et du piano puissant mais virevoltant de Gray font merveille, un peu à contre-courant du blues moderne de la Windy City encore très ancré dans le Delta Blues du Mississippi. Six mois plus tard, les mêmes gravent toujours chez Checker huit nouvelles faces (cinq pour Pejoe, trois pour Gray), mais elles restent inédites. Pour Pejoe, seul un de ses cinq morceaux, un instrumental sans titre, sera réédité par Chess, mais seulement en 1992, soit dix ans après sa mort…

En juillet 1953, quatre nouvelles chansons voient le jour, puis une autre en avril 1954, mais seulement deux sont commercialisées. Il faut également signaler huit morceaux enregistrés cette même année pour United, mais il faudra attendre 1989 pour que Delmark les sorte. L’originalité et le talent de Pejoe ne sont donc pas récompensés, qui se tourne vers Vee-Jay (toujours avec Gray) pour un single en mai 1955. En 1956, pour une fois sans Gray, Pejoe signe deux chansons très différentes pour Abco (un label fondé par Eli Toscano avant Cobra) : la première, Screaming and Crying, annonce le West Side Sound avec une guitare tendue, pendant que l’autre, Maybe Blues, est dans une veine R&B. En mars 1958, il retrouvera Henry Gray pour une face chez Atomic H puis cinq autres faces en 1960, dont seulement deux sont commercialisées ! Pejoe est pourtant un musicien respecté, qui dès le début des années 1950 s’était produit avec Otis Spann, puis Detroit Junior et Eddy Clearwater.

Parallèlement à cette discographie pour le moins chaotique, Pejoe reste très actif, notamment à Waukegan, une soixantaine de kilomètres au nord de Chicago. Sans doute en 1957, il rencontre la chanteuse Mary Lane qui lui donnera trois enfants, dont deux feront carrière dans le blues, Lynne Lane et Morris Pejoe Jr. Le couple se produit régulièrement dans les clubs, à Waukegan puis à Chicago. En 1966, toujours avec le fidèle Henry Gray, Lane et Pejoe se contentent d’un single ensemble chez Friendly Five, sous le nom de Little Mary & Morris Pejae’s Band. Trois ans plus tard, Pejoe grave son dernier single pour Kaytown 746. Peu après, Mary Lane met fin à leur relation car la jalousie maladive de son époux se traduit par des violences à son égard. Morris Pejoe s’installe alors à Détroit, n’enregistre plus et s’éteint le 27 juillet 1982 à cinquante-huit ans.

Voici dix chansons en écoute.
Gonna Buy Me a Telephone en 1952.
Tired of Crying Over You en 1952.
Untitled Instrumental en 1953.
Can’t Get Along en 1953.
It’ll Plumb Get It en 1953.
Hurt My Feelings en 1955.
Screaming and Crying en 1956.
She Walked Right In en 1960.
He Don’t Want My Loving no More et I Always Want You Near en 1966 (avec Mary Lane).
Photos : © Stefan Wirz (discographie complète de Morris Pejoe).