
La nouvelle du décès de Clyde Wright, survenu le 1er juillet 2026 des suites de la maladie d’Alzheimer alors qu’il avait 98 ans, m’est parvenue tardivement, mais je tenais à évoquer le parcours du plus « français » des chanteurs du Golden Gate Quartet, même s’il ne faisait pas partie du groupe au moment de sa fondation en 1934 (d’abord appelé Golden Gate Jubilee Singers). Wright naît le 1er mai 1928 près de Charlotte, Caroline du Nord, dans une famille de métayers où la musique est très présente même si tout se passe alors à l’église, où il débute d’ailleurs au chant à l’âge de quatre ans. Comme sa mère joue de la guitare et son père du banjo, il apprend ces deux instruments mais aussi le tuba, le trombone ou encore la batterie. À seulement dix ans, c’est donc un multi-instrumentiste éclectique qui se produit également à l’école dans la formule du quartet. Son premier véritable groupe est toutefois le Golden Bell Quintet, avec lequel il apparaît pour la première fois sur disque (à la guitare) le 12 novembre 1945, date d’enregistrement pour RCA-Victor du single Who’s That Hammerin’?/Low Down Chariot. La formation comprend son cousin Napoleon « Nappy » Brown, qui chanterait sur deux des trois autres faces gravées ce jour-là mais restées inédites (1).

Le début de carrière de Clyde Wright se fait d’ailleurs avec son cousin. Avec le Golden Bell Quintet, tous deux figurent ainsi dans l’émission de radio de Grady Cole sur WBT à Charlotte. Après la séparation du groupe, Clyde et Nappy font partie des Southern Brothers sans passage en studio, puis en 1948 des Selah (Jubilee) Singers. Ils signent quatre chansons en octobre 1950 pour le label Jubilee, et sur Since Mother’s Been Gone, on entend pour la première fois Clyde Wright au chant. On relève aussi en décembre 1950 puis juillet 1951 deux titres pour Chance avec les Chanceteers, qui sortent en 1952 sur un single. D’après Jean Buzelin dans le livret de l’anthologie « Complete Mahalia Jackson – Vol 4 – 1953-1954 » (Frémeaux & Associés), une première version de la célèbre chanson In the Upper Room a été enregistrée alors que Mahalia Jackson s’entourait des Selah Singers avec Clyde Wright. Mais elle sera perdue au profit d’une deuxième version, cette fois avec les Southern Harmonaires, et qui deviendra un immense succès… Tout en accompagnant en tournée Mahalia (Wright tournera aussi plus ponctuellement avec Sister Rosetta Tharpe), les Selah Singers enregistrent aussi en 1952 quatre titres de musique séculière sous le nom The Sultans, toujours pour Jubilee. Wright est ensuite appelé sous les drapeaux. Il est affecté à Bordeaux où il reste deux ans en trouvant des opportunités pour chanter durant son service avec un groupe nommé The Serenaders.

À son retour, sa carrière change de dimension. En effet, il intègre en 1954 comme deuxième ténor le Golden Gate Quartet. Cette date n’est pas anodine, car dès l’année suivante, la formation vient en Europe où le public découvre le gospel, une musique encore très méconnue. Les tournées se poursuivent dans le monde entier durant la seconde moitié des fifties, et en 1959, Clyde Wright et le groupe s’installent en France. Ils chantent à l’Olympia, sont au programme de la revue « Plaisirs » de Line Renaud au Casino de Paris pendant quatre ans et se produisent avec d’autres artistes francophones dont Jacques Brel et Jean Ferrat ! Parallèlement, Wright sort en 1969 pour le label allemand Philips son premier album sous son nom, « My Confession ». Sans doute désireux de voler de ses propres ailes, il quitte le Golden Gate Quartet deux ans plus tard, et un nouvel album suit en 1974 chez BASF, « Coming Home – Clyde Wright Sings Spirituals ». Il existerait un troisième disque, probablement sorti dans les années 1970 chez TekkiPhone (une filiale de BASF ?), « Sings Jesus », mais je ne trouve rien de probant à ce sujet…

À partir de 1979, Clyde Wright participe à la « Gospel Caravan » au théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris, avant de retrouver le Golden Gate Quartet pour une nouvelle collaboration qui dure dix ans (1984-1994). Durant une autre parenthèse, Frémeaux & Associés en profite pour sortir en 1997 un très bel album, « Oh What a Day! ». Et le chanteur remet le couvert avec son groupe de cœur en 2001 pour un ultime bail achevé en 2012. Au total, Clyde Wright est présent sur une trentaine d’albums du Golden Gate Quartet qui restera comme un des plus grands groupes de gospel de l’histoire. En 2010 dans son numéro 200, Soul Bag a publié un article de Jean Buzelin sur la formation et une interview de Clyde Wright par Julien Crué.

Voici maintenant dix chansons en écoute.
– I May Be Down en 1951 par Clyde Wright and The Chanceteers.
– John the Revelator en 1957 par Clyde Wright avec le Golden Gate Quartet.
– Joshua Fit the Battle of Jericho en 1958 par Clyde Wright avec le Golden Gate Quartet.
– Old MacDonald Had a Farm en 1958 par Clyde Wright avec le Golden Gate Quartet.
– Noah en 1970 par Clyde Wright avec le Golden Gate Quartet.
– Frankie and Johnny en 1990 par Clyde Wright avec le Golden Gate Quartet.
– Nobody Knows en 1994 par Clyde Wright avec le Golden Gate Quartet.
– Rocks en 1997 par Clyde Wright.
– In That Land en 2002 par Clyde Wright avec le Golden Gate Quartet.
– My Pay en 2015 par Clyde Wright avec le Golden Gate Quartet.
(1). D’après l’article « The Gospel Side of Nappy Brown » par Opal Louis Nations dans Big City Blues, décembre-janvier 2004-2005.

