Long John Hunter, né un 13 juillet

À Vienne en juillet 2001. © : Brigitte Charvolin / Soul Bag.

Le chanteur-guitariste Long John Hunter s’est réellement fait connaître en Europe à partir des années 1990, alors qu’il était déjà sexagénaire. Voix haut perchée caractéristique, jeu de guitare économique mais souvent cinglant et vibrant, gestion consommée de la tension-détente, Hunter incarnait à merveille ce blues texan rehaussé d’effluves venus de Louisiane. Car il naît John Thurman Hunter Jr. le 13 juillet 1931 à Ringgold, une petite ville quelque 60 kilomètres au sud-est de Shreveport. Ses parents sont métayers, il participe aux travaux agricoles dès ses huit ans et grandit dans différentes fermes du sud de l’Arkansas, avant d’épouser Ernestine en 1951. Hunter s’installe ensuite à Beaumont, Texas, où il est employé dans une entreprise d’emballage, et ne semble pas s’intéresser à la musique. Mais en 1953, un ami guitariste amateur de blues, Ervin Charles, le harcèle pour qu’il vienne assister à un concert de B.B. King. D’abord réticent (« je n’étais jamais allé dans une salle de danse, je n’avais jamais vu de concert », dira-t-il souvent), il finit toutefois par accepter car Charles propose de payer pour lui le billet d’entrée qui coûte 1,50 dollar.

© : Alligator Records.

Dès lors, tout se précipite. En effet, le lendemain, estomaqué par B.B., Hunter s’achète une guitare, commence à jouer assidument dès qu’il trouve du temps et forme peu après un premier groupe, avec Ervin Charles et le beau-frère de ce dernier, le batteur Roy Stelly, The Hollywood Bearcats. Hunter en profite pour se faire appeler Long John, un surnom bien en phase avec sa silhouette longiligne. Toujours en 1953, avec seulement quelques mois d’expérience, Long John Hunter décroche de premiers engagements qui s’avèrent bien plus lucratifs : « On a gagné 2,50 dollars pour notre premier concert. En 1953, il faut savoir que 2, 3 ou 5 dollars, c’était de l’argent. Quand je travaillais à la ferme, si on me donnait 5 cents j’étais content… » D’après la biographie sur le site d’Alligator, cela suffit pour attirer l’attention du producteur Don Robey, qui vient de racheter le label Duke dont il a transféré le siège à Houston. Marque alors importante, Duke sort dès 1954 le premier single de Long John Hunter, She Used to Be My Woman/Crazy Baby.

© : Discogs.

Son succès reste toutefois local, et en 1957, il déménage pour El Paso, à la frontière mexicaine. Et c’est justement de l’autre côté de ladite frontière, à Juarez, que le bluesman va devenir un pilier d’un club de cette ville du Mexique, le Lobby Bar (ou Lobby Club), où il va rester jusqu’en 1970 ! La situation favorable de Juarez, où se bousculent Mexicains, Américains, touristes et militaires, fait de Hunter une figure centrale de la musique populaire locale. Parallèlement, il grave quelques faces pour le label Yucca (rééditées en 1986 par Double Trouble Records) dont son très fameux El Paso Rock en 1961. Après le Lobby Bar, il reste actif à El Paso et dans tout l’ouest du Texas, mais il doit attendre 1985 pour enregistrer un premier album pour Boss Records, « Smooth Magic », qui passe inaperçu malgré une indéniable qualité, avant d’être réédité en 1994 chez Double Trouble. Entre-temps, en 1992, il avait signé chez Black Magic Records le très bon « Ride With Me », avec notamment le guitariste Derek O’Brien et le saxophoniste Mark « Kaz » Kazanoff.

Chicago Blues Festival, 2 juin 1996. © : Linda Vartoogian / Getty Images.

Son premier album pour Alligator, qui sort le 30 janvier 1996, « Border Town Legend », démontre que Long John Hunter, alors âgé de 64 ans, fait partie meilleurs représentants du blues texan, ce que confirme largement le suivant pour le même label, « Swinging From the Rafters » (1997). Le bluesman apparaît également lors de tournées européennes, durant lesquelles son talent de showman et surtout son caractère facétieux, bien servi par des textes savoureux autobiographiques, enchantent et s’ajoutent aux qualités évoquées en préambule. En 1999, il s’associe avec Lonnie Brooks et Phillip Walker pour « Lone-Star Shootout » (Alligator), une autre réussite remarquable. Sur ce disque, on relève la présence d’Ervin Charles, qui l’avait harcelé 46 ans plus tôt pour aller voir ce concert de B.B. King qui sera au départ de sa carrière ! Quatre ans plus tard, avec cette fois son frère Tom « Blues Man » Hunter, il réalise « One Foot in Texas » (Doc Blues Records), toujours excellent. Enfin, en 2008, il complète sa discographie remarquable avec « Looking for a Party » (Blues Express). Résident de Phoenix, Arizona, dans ses dernières années, Long John Hunter est parti le 4 janvier 2016 à 84 ans.

© : Discogs.

She Used to Be My Woman en 1953.
El Paso Rock en 1961.
Ole Red en 1996.
Rooster and the Hen en 1996.
Both Ends of the Road en 1997.
In the Country en 1997.
A Little More Time en 1999.
Two Trains Running en 1999.
I Give You all My Money en 2003 avec Tom « Blues Man » Hunter.
Looking for a Party en 2008.

© : Collection Bob Corritore.