Mémoire de blues : Blues Classics Records

Chris Strachwitz est bien entendu surtout connu pour son label Arhoolie Records au spectre large : blues évidemment, mais aussi gospel et spirituals, musique cadienne et zydeco, country, folk, string bands, jug bands, old-time music, musiques du Mexique, des Tejanos du Texas, de la Caraïbe… Mais l’Américain d’origine allemande a fondé deux autres labels cette fois de rééditions, Old Timey dans les années 1970 (essentiellement cajun et zydeco, avec quelques références de western swing, de hillbilly et de string bands), et Blues Classics Records, qui concerne blues et gospel. Je reviendrai prochainement sur Old Timey dans un article spécifique, mais pour l’heure, je vous propose d’évoquer Blues Classics, que Strachwitz a aussi lancé pour venir en aide à des artistes préalablement floués par des producteurs peu scrupuleux, et leur permettre ainsi de percevoir des royalties qui leur revenaient.

En effet, notamment par l’intermédiaire de l’auteur et photographe belge Georges Adins, qui avait rencontré Memphis Minnie peu après son attaque cérébrale en 1960, Strachwitz avait appris combien la chanteuse-guitariste se trouvait dans le plus total dénuement, d’autant qu’elle perdra l’année suivante son mari Ernest Lawlars (ou Lawlers, Lawler ou Lawlar) aka Little Son Joe. Le premier album au catalogue Blues Classics, qui date de 1964 (référence BC 1) lui est donc consacré et s’intitule « Blues Classics by Memphis Minnie ». Il compte 15 chansons qui portent sur la période 1929-1946, avec plusieurs grands classiques dont When the Levee Breaks, Me and My Chauffeur Blues et Black Rat Swing. Dans les notes de pochette, on lit : « Memphis Minnie reçoit une royaltie de 50 cents sur la vente de chaque exemplaire de cet enregistrement, et quiconque souhaite lui écrire et l’aider peut le faire en s’adressant à Mrs. Minnie Lawler – 1755 Eldridge Avenue – Memphis, Tennessee. »

Dès le deuxième disque, « Blues Classics by The Jug, Jook and Washboard Bands », on a une nouvelle preuve de l’intérêt de Strachwitz pour toutes les formes de musique traditionnelle américaine. On y retrouve des formations connues comme le Memphis Jug Band (sous divers noms), le Mississippi Jook Band et le Birmingham Jug Band, aux côtés d’autres plus rarement retenues par les producteurs : Dallas Jamboree Jug Band, Walter Taylor’s Washboard Band, Chasey Collins’ Washboard Band… Viennent ensuite des grands noms du blues : John Lee « Sonny Boy » Williamson (1964, 1969 et 197?), Kokomo Arnold et Peetie Wheatstraw (1964), Sonny Boy Williamson II et Washboard Sam (1967), Blind Boy Fuller avec Sonny Terry & Bull City Red, (196?), Memphis Minnie Vol. 2 (1967), Big Joe Williams (1969), Ralph Willis avec Brownie McGhee & Sonny Terry (197?), Tampa Red (1975), Albert Ammons (1981), Big Maceo Merryweather (1984) et Lightnin’ Hopkins (1985).

Blues Classics se distingue aussi par de très intéressantes séries sur lesquelles il importe de s’arrêter.
– « Country Blues Classics » en quatre volumes. Il s’agit d’enregistrements, souvent peu courants, qui datent des années 1920, 1930 et 1940, avec quelques incursions jusqu’au début des années 1950.
– « The Early 1950s ». Trois albums sur le blues de Chicago, de Détroit et du Texas, à une époque charnière où l’amplification électrique changea la face du blues moderne.
– Deux compilations plus spécifiques, « Memphis and the Delta – 1950s » et « When Women Sang the Blues » (principalement Classic Blues) font également partie de la sélection.
– Enfin, en marge du blues avec du gospel mais quand même bon nombre d’adeptes du Sacred Blues, la série « Negro Religious Music » en trois volumes vient compléter un ensemble en tout point remarquable qui totalise 30 albums (BC 1 à BC 30) sortis entre 1964 et 1985, mais bien difficiles à dénicher aujourd’hui. Chris Strachwitz se chargeait souvent lui-même des photos et des notes de pochette, avec l’aide de Paul Oliver, Pete Welding, Jim O’Neal et Mike Rowe, qui n’étaient pas les premiers venus ! Pour plus de détails sur le label Blues Classics, je vous conseille la discographie du site de Stefan Wirz.
Photos : © Stefan Wirz.