Theodis Ealey, 1947-2026

© : Profil Facebook de Theodis Ealey.

Le chanteur-guitariste Theodis Ealey nous a quittés le 4 novembre 2026 à l’âge de soixante-dix-neuf ans. Ce très bon représentant du soul blues sudiste se fit surtout connaître en enregistrant plusieurs albums à partir du début des années 1990. Il naît Theodis C. Ealey le 19 mars 1947, près de Sibley, Mississippi, un hameau une quinzaine de kilomètres au sud de Natchez. Sa mère, Lucinda ou Loucinda, chante à l’église et ne veut surtout pas entendre parler du blues, et son père Dave joue un peu de guitare en amateur. Au sein d’une fratrie de onze enfants, la musique est très présente, comme il le relatait à Éric Doidy dans Going Down South (Le Mot et le Reste, 2020) : « Bubba est le premier vrai guitariste de la famille et, à mon sens, il reste le meilleur. Il possède un vrai feeling et le son originel du blues traditionnel, celui de Lightnin’ Hopkins et Lil’ Son Jackson. J’étais le dixième d’une fratrie de onze enfants, et le dernier garçon sur cinq (…). Dans l’ordre, mes frères aînés étaient George, puis Bubba, YZ qui a récupéré la guitare de Bubba quand celui-ci est parti pour La Nouvelle-Orléans, Melwin qui est batteur (…). »

© : AllMusic.

Les grandes différences d’âge entre les frères (David aka Bubba a vingt ans de plus que Theodis et YZ dix ans de plus) favorisent la précocité du benjamin qui apprend la guitare avec YZ dès l’âge de quatre ans, en 1951, puis la basse. La famille Ealey vit à deux pas du Miss Willie Mae’s Juke Joint sur la Highway 61, un club où des artistes de blues et de soul se produisent et qui incarne parfaitement l’esprit du Chitlin’ Circuit. Vers 1960, Theodis Ealey est encore adolescent quand il entre comme bassiste dans le groupe de ses frères YZ et Melwin, The Merry Makers. Mais quand Melwin s’installe à Oakland en 1963, on retrouve cette fois Theodis à la guitare au sein de la formation Eugene Butler & The Rocking Royals. Au milieu des années 1960, il s’engage dans l’armée de l’air et sert durant six ans à Hawaï. De retour à la vie civile, il vit à Oakland, Californie, où il reprend sa carrière musicale, notamment grâce au producteur Bob Geddins. Après un premier single chez Banshee, il en sort trois autres en 1974 chez Chelan, puis, une quinzaine d’années plus tard, deux chez Optune en 1988 et 1989.

En 2009 à Cognac. © : Brigitte Charvolin/Soul Bag.

Sa musique est encore marquée par la soul, voire le funk, mais, selon Linda Seida dans sa biographie pour AllMusic, il côtoie des artistes comme Little Milton, Richard « Dimples » Fields, Charles Brown et Johnny Copeland, tout en se fixant à Atlanta, Géorgie, au début des années 1990. Il attire rapidement l’attention du label Ichiban, pour lequel il enregistre en 1992 son premier album, « Headed Back to Hurtsville », sur lequel le registre est bien plus ancré dans le blues. Quatre disques suivent chez Ichiban, « If You Leave Me, I’m Going Wit’ Cha » (1993, avec une version reggae de House of the Rising Sun !), « Stuck Between Rhythm & Blues » (1995), « Raw » (1998) et « American Roots: Blues » (2002). Ealey marie avec bonheur blues et soul, bien aidé par sa voix expressive faussement contenue et son jeu de guitare délié qui se faire intense quand le tempo ralentit.

© : Discogs.

Il décide alors de prendre sa carrière à son compte et crée son propre label, Ifgam, acronyme à partir du titre d’une chanson présente sur son premier album, I Feel Good About Myself. Un album sort dès 2002, « It’s a Real Good Thang », mais le suivant en 2004, intitulé « Stand Up In It », lui vaut son plus gros hit avec la chanson éponyme aux paroles sexuellement explicites (dirty blues). Ealey réalise encore trois disques sur son label, « I’m the Man You Need » (2006), « Live » (2009) et « You And I Together » (2012). Ealey fut également acteur et apparut dans la pièce de théâtre Spunk (2013) sur la base de nouvelles de Zora Neale Huston, et dans des téléfilms et séries télévisées. Très respectés dans leur région natale, les frères Ealey ont depuis 2019 leur plaque commémorative (marker) à Natchez.

© : Living Blues.

Voici maintenant dix chansons en écoute.
– Nuki Suki en 1974 par Bill Hemmens and The Theodis Ealey Band.
– I Don’t Want to Talk About It en 1989.
– Old Time Blues en 1992.
– Looking Up at the Bottom en 1993.
– Goody Sack en 1995.
– Funny How Time Slips Away en 1998.
– It’s a Real Good Thang en 2002.
– Stand Up In It en 2004.
– Baby What You Want Me to Do (You Got Me Runnin’) en 2009.
– Think It Over en 2012.

© : Profil Facebook de Theodis Ealey.