
Le chanteur-guitariste Pee Wee Hayes nous a quittés le 5 mars 2026 à l’âge de quatre-vingt-un ans. Il n’a jamais enregistré, ce qui est surprenant compte tenu de ses qualités, jeu de guitare intense et belle voix soulful et expressive. Hayes fait partie simplement partie de ces bluesmen qui se contentent d’écumer les clubs de sa région sans jamais véritablement chercher d’opportunité, même si la fondation Music Maker l’a aidé, sans que cela se traduise par un passage en studio. Il a toutefois été l’objet d’un portrait que lui consacre Steve Sharp en avril 2014 dans le numéro 230 de Living Blues, sur lequel je me base grandement pour le présent hommage. Il naît Thomas Odell Hayes le 13 juillet 1944 de Lucy et Roland Hayes à Alamo, une ville à 130 kilomètres au nord-est de Memphis. Une fois adulte, il sera grand et costaud, mais on le surnomme Pee Wee (nain, de petite taille) dès l’enfance : « Pee Wee est le surnom donné par ma famille quand j’étais petit. Depuis, je l’ai conservé. Mon père nous donnait toujours des surnoms, Pee Wee, Hog, des choses de ce genre. »

Hog est justement le surnom de son frère aîné Charles Hayes, également chanteur-guitariste qui enregistrera deux albums en 1999 et 2004. En fait, ils seront quatre frères à faire de la musique car leur père est lui aussi un bluesman qui tient un petit club et se produit localement. Pee Wee Hayes a six ou sept ans quand son père lui apprend les rudiments de la guitare. Peu de temps après, vers 1952, la famille s’installe à Racine dans le Wisconsin, quelque 120 kilomètres au nord de Chicago au bord du lac Michigan. Très précoce, Pee Wee y fait ses débuts à neuf ans : « Je jouais juste dans le salon d’une connaissance, lors de picnics, il y avait une guitare, parfois deux et quelqu’un qui tapait sur des seaux. J’ai commencé à jouer dans un groupe vers 1958-1959, j’étais adolescent et je gagnais pas mal d’argent dès cette époque, plus que maintenant. On faisait du vieux rock ‘n’ roll et du blues (…). Nous avions un groupe multiracial, avec deux Noirs, un Blanc et un Mexicain. On voulait que ce soit ainsi, ça nous permettait d’aller dans tous les clubs. J’ai pu accéder à bien des clubs blancs par ici dans le Wisconsin, alors qu’à époque les Noirs n’y allaient pas. Et j’ai pensé que si j’avais un groupe multiracial on pourrait jouer dans différents clubs, et c’est ce qu’il s’est passé. »

Pee Wee Hayes cite B.B. King comme son influence majeure : « On a grandi en voulant imiter B.B. King car il tournait par chez nous, je l’ai connu quand j’étais enfant. Il venait chez nous, il mangeait et jouait au club de mon père. » Il se rend ensuite de temps à autre dans le South Side de Chicago, où il rencontre Little Walter, Junior Wells, Muddy Waters, Buddy Guy… Mais la rude concurrence qui règne dans la Windy City ne lui convient pas et il préfère rester dans la région de Racine, où il se produit avec son frère Charles, même si ce dernier s’exprime dans un style différent, plus ancré dans le blues racinien de Muddy Waters et consorts. Pee Wee Hayes a conscience de faire partie des bluesmen méconnus : « Le blues, c’est mon truc. Je fais juste de la musique parce que j’aime ça. J’adore jouer de la musique. Ça fait un bon moment que ça dure et ça ne va pas me lâcher. Quand tu m’as demandé [Steve Sharp] si je souhaitais être dans Living Blues, c’est évidemment ce que j’espérais. Car je sais que je peux m’imposer si j’arrive à bien me faire connaître. C’est une longue histoire. Mais je n’ai pas eu d’opportunité. » Et l’écoute de son interprétation de Welfare Blues a de quoi nous donner bien des regrets…

