
En décembre 2012, Barbara Carr rayonne en couverture du numéro 222 de Living Blues, qui lui consacre également un généreux article de dix pages par David Whiteis, « This Is the Beginning of a Lot to Come ». La chanteuse venait d’enregistrer pour Catfood Records ce qui restera son dernier album, le bien titré « Keeps the Fire Burning ». Figure de la scène soul blues et blues de Saint-Louis, Missouri, depuis les années 1960, Barbara Carr nous a donc quittés ce 15 avril 2026 à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Elle naît Barbara Jean Crosby le 9 janvier 1941 à Saint-Louis, mais ses parents sont originaires de la région de Laurel, Mississippi, au sud-est de Jackson. Tous deux jouent du piano et la jeune Barbara débute au chant à l’église avec ses sœurs. D’après Living Blues, avec deux d’entre elles, Loretta et Gracie, elle forme encore adolescence les Crosby Sisters, et apparaît même au sein d’une troupe de danse, The Crumb Crushers, dans une émission télévisée locale, St. Louis Hop.

Sa précocité se confirme avec la fondation à la fin des années 1950 des Comets, qu’elle évoque en 2013 dans le numéro 177 de Jefferson : « J’ai formé un groupe appelé The Comets Combo qui comprenait trois hommes, Rubin Laurence, Paul Broiles et William Laurence, des musiciens et des chanteurs, qui partiront ensuite à l’armée, ce qui entraînera notre séparation. On a joué pour Junior Parker à Saint-Louis. Le groupe a duré près de trois ans et on se produisait partout en ville, notamment régulièrement au club Dynaflow Inn. » Parallèlement, Barbara se marie à dix-huit ans avec Charles Carr, qu’elle suit durant son service militaire à Colorado Springs, où elle fonde une famille et met le chant entre parenthèses. En 1963, à vingt-deux ans, elle est en effet mère de quatre enfants… Revenue à Saint-Louis, après une « pige » au sein des Petites, une formation de R&B et doo-wop, elle rencontre le multi-instrumentiste, chef d’orchestre et producteur Oliver Sain Jr. Ce dernier, en quête d’une chanteuse pour remplacer Fontella Bass dans sa revue, engage Barbara Carr.

Après des tournées aux États-Unis et au Canada, toujours grâce à Sain, elle enregistre entre 1966 et 1972 quelques singles pour Chess dans une veine soul et R&B, sans grand succès. Durant cette période, elle continue de se produire avec Sain et dans des groupes locaux, mais son mari tombe malade et elle se rapproche davantage de sa famille. En 1982, elle fonde avec son époux le label Bar-Car et grave quelques nouvelles faces qui mènent à l’enregistrement de son premier album « Good Woman Go Bad », suivi d’un deuxième trois ans plus tard, « Street Woman ». Elle signe un contrat en 1996 avec le label de Memphis Ecko Records, avec lequel elle va enregistrer huit albums (plus un best of) jusqu’en 2007. Elle en enregistrera cinq autres jusqu’en 2012 pour différents labels (JJ, Bar-Car, Mardi Gras et CDS) dont son dernier cité plus haut. Si le registre de Barbara Carr reste ancré dans la soul et le R&B, voire le funk, elle s’est davantage orientée vers le soul blues et le blues sur quelques albums dans les années 2000 : « On My Own » (Bar-Car, 2002), « Down Low Brother » (Ecko, 2006) et « It’s My Time… » (Ecko, 2007) en témoignent. Chanteuse élégante à la voix sensuelle qui s’est délicieusement grainée avec l’âge, Barbara Carr fait partie de ces artistes qui ont marqué la riche scène de Saint-Louis.

Voici dix chansons en écoute.
– My Mama Told Me en 1966.
– I’m Gonna Make a Man Out of You en 1972.
– Messing With My Mind en 1989.
– Footprints on the Ceiling en 1997.
– Blues in the Bed en 1999.
– Ain’t Nothing in the Streets That You Can’t Get at Home en 2006.
– A Woman Can Take It and She Can Dish It Out en 2007.
– Number 2 en 2009.
– You Give Me the Blues en 2012.
– Good Woman Go Bad en 2019.

