
Le chanteur-guitariste s’est éteint dans son sommeil à 86 ans le 3 juin 2026, mais la nouvelle de son décès s’est seulement répandue hier. Ulmer évoluait en marge de l’objet de ce site, même s’il eut une période blues au début des années 2000. Mais il fut un guitariste très novateur et inclassable dont l’influence s’étend sur différents styles de la musique afro-américaine, et il me semble opportun d’évoquer ici son parcours. Il naît Willie James Ulmer le 8 février 1940 à St. Matthews, une banlieue de Raleigh, la capitale de la Caroline du Nord. Son père pasteur lui offre sa première guitare à 4 ans, et il chante d’abord du gospel dans le groupe familial, The Southern Sons. En grandissant, il s’éloigne toutefois de la musique religieuse et s’intéresse au rock ‘n’ roll et au blues.

Mais après le lycée, il gagne Pittsburgh, Pennsylvanie, où il se marie et joue de la guitare dans des groupes de doo-wop dont les Del Vikings. Après avoir vécu quelques années à Columbus, Ohio, puis à Détroit, Michigan, il pose ses valises à New York en 1971, où il se dédie cette fois au jazz, le temps de « piges » avec le saxophoniste Joe Henderson, les claviéristes Paul Bley et Larry Young, les batteurs Art Blakey et Rashied Ali… Il joue d’ailleurs de la guitare sur l’album ce dernier, « Rashied Ali » (Survival, 1973). Au même moment, il débute une collaboration avec Ornette Coleman et incorpore au free jazz un jeu de guitare électrique avant-gardiste, une fusion qui emprunte au blues, au jazz, au funk et au rock psychédélique. Au tournant des années 1970 et 1980, il travaille avec le saxophoniste Arthur Blythe tout en réalisant ses premiers albums sous son nom à partir de 1979. Durant la décennie suivante, il forme le Music Revelation Ensemble avec lequel il signe également plusieurs albums. Malgré leur qualité, ces disques très ancrés dans le jazz nous concernent peu.

Toutefois, Ulmer proposa quelques albums plus marqués par le blues. « Blues Preacher » (DIW, 1993) est à mon sens un peu trop bruyant, mais « Memphis Blood: The Sun Sessions » (Hyena, 2001), constitué de reprises de standards du blues, est plus convaincant, tout comme « No Escape from the Blues: The Electric Lady Sessions » (Hyena 2003), avec également beaucoup de reprises mais qui met plus en avant sa voix, et « Birthright » (Hyena 2003), plus personnel. Enfin, sur « Bad Blood in the City: The Piety Street Sessions », il agrémente son blues de funk et de blues pour une autre réussite notable. Le reste de sa discographie se rattache au jazz. Quoi qu’il en soit, James « Blood » Ulmer laissera le souvenir d’un guitariste parmi les plus originaux de sa génération. Je vous propose en écoute Double Trouble (2001), You Know, I Know (2003), Devil’s Got to Burn (2005) et Commit a Crime (2007).

