
Le nom de John Hammond peut d’abord se référer à celui du célèbre découvreur de talents et producteur, notamment organisateur des concerts « From Spirituals to Swing » en 1938 et à l’origine en 1961 de la première édition sur un album chez Columbia des chansons de Robert Johnson. Mais il est aujourd’hui question de son fils, connu sous le même nom John Hammond, et qui fut un excellent bluesman actif à partir du début des années 1960. Il vient donc de nous quitter ce 28 février 2026 à l’âge de quatre-vingt-trois ans des suites d’une crise cardiaque, sachant que sa santé était chancelante depuis quelques années. Chanteur, guitariste et harmoniciste, pionnier du blues blanc, Hammond, dont le registre a somme toute peu varié au cours de sa très longue carrière, fut surtout un passeur essentiel et un gardien des traditions du Delta Blues et de leur prolongement dans le Chicago Blues des années 1950.

Il naît John Paul Hammond le 13 novembre 1942 à New York, de Jemison McBride et John Henry Hammond Jr. (1). Ses parents divorcent en 1948, et dès lors, il est élevé par sa mère sans réellement bénéficier de l’expérience de son père qu’il voit très peu. C’est toutefois bien son père qui l’emmène voir Big Bill Broonzy en 1949. Il est alors âgé de sept ans, mais durant son adolescence, le blues prend de plus en plus de place, et il apprend la guitare puis l’harmonica à la fin des années 1950, fasciné par la formule employée par Jimmy Reed. Après un an à l’université Antioch à Yellow Springs, il abandonne ses études pour se dédier à la musique. Il s’intéresse alors à différents styles de blues rural dont le Delta Blues, le Texas Blues et le Piedmont Blues, mais il citera aussi le courant plus urbain d’un Leroy Carr. Bien entendu, il commence logiquement à se produire dans les clubs de Greenwich Village au début des années 1960.

En 1962, alors qu’il fréquente le Gerde’s Folk City avec l’artiste de musique folk Phil Ochs, il est engagé par le label Vanguard, en quête de nouveaux artistes en plein Blues Revival, et sort l’année suivante son premier album, simplement intitulé « John Hammond ». Le disque compte uniquement des reprises (Muddy Waters, Big Bill Broonzy, Furry Lewis, Lightnin’ Hopkins, Leroy Carr, Willie Dixon, Robert Johnson, Blind Lemon Jefferson…), mais la sincérité et l’implication caractérisent déjà l’interprétation de l’artiste de vingt ans, seul au chant, à la guitare et l’harmonica. En juillet 1963, il apparaît au Newport Folk Festival, et son deuxième album sorti l’année suivante, « Big City Blues » qui est vraiment remarquable, marque un premier tournant. S’il est toujours essentiellement constitué de reprises, il se distingue avec la présence d’un groupe complet dont trois guitaristes électriques (Hammond lui-même, James « Wild Jimmy » Spruill et Billy Butler). Les deux derniers cités sont Afro-Américains, et il s’agit d’une des premières collaborations entre musiciens noirs et blancs.

Hammond est très prolifique en 1964, avec « Country Blues » dans la même formule dépouillée que son disque inaugural, et sa présence à l’harmonica sur « Ain’t Nothing but the Blues » (Columbia) de la chanteuse-guitariste Judy Roderick. Mais on retiendra surtout le superbe « So Many Roads » sur lequel Hammond s’accompagne de membres de Levon and the Hawks qui deviendront The Band (Garth Hudson, Robbie Robertson et Levon Helm), de Michael Bloomfield et à l’harmonica d’un certain C.D. Musselwhite, qui ne se fait pas encore appeler Charlie Musselwhite… Assurément un des premiers « supergroupes » de l’histoire ! En 1967, les mêmes artistes à peu de choses près se retrouvent sur « Mirrors », avec également le retour au casting de James Spruill et Billy Butler. Enfin, la même année, Hammond signe cette fois pour Atlantic « I Can Tell », avec Robbie Robertson et Rick Danko (futurs membres du Band), mais aussi Bill Wyman à la basse. Cette première partie de sa carrière est importante car elle démontre qu’il fut un acteur fondamental de la transmission du blues originel par le biais d’artistes blancs, alors peu représentés dans cette musique.

John Hammond va ensuite enregistrer de nombreux albums, mais bien qu’ils soient de qualité, s’arrêter dans le détail sur chacun d’eux (plus de trente !) serait fastidieux. Il faut signaler « Southern Fried » (Atlantic, 1969, avec Duane Allman), « Triumvirate » (Columbia, 1973, avec Mike Bloomfield et Dr. John), « Hot Tracks » (Vanguard, 1979, avec The Nighthawks), « Found True Love » (Pointblank/Virgin, 1996, avec Duke Robillard et Charlie Musselwhite), « At the Crossroads: The Blues of Robert Johnson » (Vanguard, 2003), « Rough & Tough » (Chesky, 2009)… Tout en se souvenant que John Hammond n’a rien fait qui ne mérite l’attention. Je n’oublie pas dans cette sélection le génial « Wicked Grin » (Pointblank/Virgin, 2001), sur lequel il relit avec émotion douze chansons (la treizième est le spiritual I Know I’ve Been Changed) de son ami Tom Waits, sur lequel ce dernier l’accompagne à la guitare et au piano, avec également Larry Taylor à la basse. En six décennies de carrière, avec justesse sans jamais trahir les racines de sa musique, John Hammond laisse une profonde empreinte dans le paysage du blues de notre époque.

Voici maintenant dix chansons en écoute.
– Still a Fool (Two Trains Running) en 1962.
– Baby, Won’t You Tell Me en 1963.
– Who Do You Love en 1964.
– Stones in My Passway en 1967.
– Spoonful en 1967.
– I’m Leavin’ You en 1973.
– Mama Keep Your Big Mouth Shut en 1979.
– Found True Love en 1996.
– Murder in the Red Barn en 2001.
– No Place to Go en 2009.
(1). Le père et le grand-père de John Henry Hammond Jr. se nommaient également John Hammond, d’où le « Jr. » qui suit son nom, et non « Sr. » comme parfois mentionné par erreur. Quant au bluesman, qui est donc son fils et le quatrième du nom, il est superflu d’ajouter à son nom l’indication « Jr. » bien que certaines sources persistent à le faire…

