
L’histoire des disques Folk-Lyric est étroitement liée à celle du fondateur du label, Harry Oster (1923-2001), musicologue, collecteur de folklore, chanteur, musicien et auteur de livres marquants dont Living Country Blues (Folklore Associates, 1969) et The Penguin Dictionary of American Folklore (avec Alan Axelrod, Penguin Reference, 2000). En 1955, après de brillantes études, alors qu’il enseigne à l’université d’État de Louisiane, Oster obtient une bourse pour effectuer une première campagne de terrain qui porte sur les traditions musicales locales. L’année suivante, il crée à Baton Rouge avec Darwin Shrell et Clayton Holaday la Louisiana Folklore Society (LFS), qui sort en 1957 un premier album, « A Sampler of Louisiana Folksongs ». La sélection est d’autant plus intéressante qu’elle considère des artistes afro-américains, créoles et cadiens. Sur un deuxième album, « Louisiana Folksong Jambalaya », les chansons sont interprétées par Oster lui-même au chant et à la guitare…

Mais Oster sait aussi qu’il peut trouver des artistes parmi les détenus des établissements pénitentiaires. Début 1959, il se rend donc au pénitencier d’État de Louisiane, également appelé Angola, où il enregistre Robert Pete Williams, Matthew « Hogman » Maxey et Robert « Guitar » Welch pour ce qui deviendra le troisième album de la LFS, « Angola Prisoners’ Blues ». Trois disques s’ajoutent la même année, « Folksongs of the Louisiana Acadians », « Prison Worksongs » et « Angola Prison Spirituals ». Parallèlement, dès 1958, Oster avait repéré et enregistré un jeune chanteur-guitariste inconnu qui se produisait dans les rues de La Nouvelle-Orléans, Snooks Eaglin. Ces chansons se retrouvent sur deux albums sortis en 1959 : « New Orleans Street Singer » chez Folkways et « Possum Up A Simmon Tree », qui est le tout premier chez Folk-Lyric, le label nouvellement fondé par Harry Oster.

Une compilation suit en 1960, « Country Negro Jam Sessions », avec Butch Cage, Willie Thomas, Robert Pete Williams, Guitar Welch, Clarence et Cornelius Edwards, Smoky Babe… L’année suivante, Blind Pearly Brown sort pour Folk-Lyric le premier de ses deux albums, « Georgia Street Singer ». Ensuite, Oster, qui s’intéresse à de nombreuses traditions folkloriques, se diversifie avec des disques pas toujours en lien avec l’objet de ce site, dont le bluegrass, le jazz Dixieland, et même la cornemuse, le folk irlandais et écossais… Côté blues, on lui doit un album cette fois complet de Robert Pete Williams, « Those Prison Blues » (1961), « Smokey Babe and His Friends » (1961) et « Greatest of the Negro Minstrels » (1963) par Jessie Fuller. Au total, Folk-Lyric sort à peine une quinzaine d’albums mais ils sont précieux car dédiés à des traditions musicales peu évoquées par ailleurs. En outre, après avoir racheté Folk-Lyric en 1970, Arhoolie a réédité une bonne partie du catalogue original, ce qui permet la préservation des travaux d’Harry Oster, dont la collection est aujourd’hui conservée à la fondation Arhoolie.

