Arbee Stidham, né un 9 février

© : Bandcamp.

Chanteur, compositeur, Stidham fut aussi un multi-instrumentiste accompli qui pratiquait la clarinette, le saxophone, l’harmonica et la guitare ! Plutôt original, le parcours de cet artiste fut d’abord axé sur le jazz puis le R&B en tant que saxophoniste (en particulier pour Bessie Smith !), avant que des contraintes de santé le conduisent à se dédier davantage au blues, cette fois comme chanteur-guitariste. Il naît Arbee Perkins Stidham le 9 février 1917 à De Valls Bluff, une petite ville de l’Arkansas 80 kilomètres à l’est de Little Rock. La famille est très impliquée dans la musique. Son père, Luddie (ou Lutie, Luttie selon les sources) Stidham jouera du trombone dans le groupe du saxophoniste et chef d’orchestre de jazz Jimme Lunceford. Quant à son oncle Ernest Stidham, il dirigera brièvement le Memphis Jug Band, sans toutefois enregistrer avec la formation. Un autre de ses oncles, Isaiah, était également violoniste.

© : Discogs.

Comme le Delta à l’est, la région où grandit Stidham est une plaine alluviale fertile, où l’agriculture et le métayage dominent. Il entend donc très jeune du blues interprété par des musiciens itinérants qui se produisent localement, mais aussi en écoutant les disques de jazz que son père met sur son tourne-disque Victrola. Le blues a sa préférence comme le rapporte Charles Edward Smith dans les notes de l’album « Arbee’s Blues » (Folkways, 1961), et faute de mieux, il débute en tapant sur un vieux seau : « J’arrivais même à changer de tonalité sur ce truc ! J’étais à fond avec ce seau ! Je pouvais cogner dessus comme un malade quand j’étais petit ! » Il apprend bien sûr de vrais instruments, à commencer par la clarinette et le saxophone, puis, selon une interview du 4 septembre 1981 publiée par Steve Cushing dans Blues Before Sunrise 2: Interviews from the Chicago Scene (University of Illinois Press, 2019), il se procure des disques de Louis Armstrong ainsi que de bluesmen dont Bessie Smith, Mamie Smith, Sara Martin, Blind Blake, Tampa Red et Georgia Tom.

© : From The Vaults.

Mais le blues n’a pas très bonne presse auprès de sa mère qui fait tout pour l’éloigner du blues en le punissant, allant même jusqu’à lui subtiliser ses disques, qu’un grand-père complice s’empresse de lui restituer ! Sa mère finira par reconnaître le talent précoce de son fils qui se produit avant ses treize ans. En 1930, Bessie Smith en tournée passe par le Ninth Street Theater à Little Rock, Arbee Stidham vit alors en banlieue de cette ville. À l’époque, son père est membre du groupe Mr. Jordan and His Mighty Minstrels. Bessie souhaite qu’il l’accompagne mais Luddie Stidham est en déplacement. Elle décide alors d’engager l’adolescent, qui relate l’expérience à Cushing : « (…) Ils m’ont demandé de venir. Bessie m’a parlé et souhaitait que je vienne répéter à Little Rock pour que je joue avec elle durant quelques soirées. Elle m’a donc engagé. Dans ce cas précis, il y avait Bessie, Mamie et Sara Martin. Comme on le fait de nos jours, on regroupait déjà différents artistes pour les spectacles, et les meilleurs choisissaient ceux avec lesquels ils aimeraient travailler. Bessie n’était pas seulement considérée comme une grande chanteuse, mais aussi comme une icône de la mode d’antan. Elle portait des fringues incroyables ! Ce qui l’aida à se démarquer. Bien entendu, elle savait chanter le blues, aucun doute là-dessus. Mais elle portait alors des vêtements que l’on retrouve aujourd’hui dans le monde de la haute couture ! »

© : Discogs.

Arbee Stidham, qui a parallèlement son propre groupe, les Southern Syncopators, tourne avec Bessie Smith jusqu’en 1931. Il apparaît aussi à la radio et dans des clubs jusqu’à Memphis. Durant les années 1930, il se produit à Chicago, un temps dans l’orchestre de Lucky Millinder, tout en côtoyant des figures du blues urbain dont Big Bill Broonzy, Tampa Red, Washboard Sam, Joshua Altheimer, Johnny Lee « Sonny Boy » Williamson et Big Joe Williams. Au milieu des années 1940, il s’installe finalement dans la Windy City où l’inévitable producteur Lester Melrose le remarque et lui permet de graver ses premières faces le 18 septembre 1947 pour RCA Victor. Parmi les quatre chansons enregistrées ce jour-là, My Heart Belongs to You obtient un énorme succès et se hisse l’année suivante à la première place de charts R&B de Billboard. Associée à son saxophone langoureux, sa voix caractéristique, traînante et très expressive, explique largement cette réussite.

© : Discogs.

Malgré de nouveaux enregistrements dans la même veine bluesy marquée par le jazz, notamment pour Checker et States, il peine à retrouver les meilleures places des charts. À une date indéterminée à la fin des années 1950, il est victime d’un accident de la route qui l’oblige à réenvisager sa carrière. Empêché de jouer du saxophone qui entraîne des hémorragies nasales, il apprend la guitare (mais aussi l’harmonica), aidé par Big Bill Broonzy et Earl Hooker. Cette seconde carrière est dès lors davantage axée sur le blues. En 1961, il sort chez Prestive Bluesville un album remarquable, « Tired Of Wandering: The Blues Of Arbee Stidham » (enregistré en novembre 1960), suivi de quelques autres plus inégaux. Installé à Cleveland, Ohio, dans les années 1970, il continue de se produire et fait l’objet en 1973 d’un documentaire de Bob West, Bluesman. Arbee Stidham nous a quittés le 26 avril 1988 à l’âge de soixante et onze ans.

© : Discogs.

Voici pour conclure huit extraits dont le documentaire.
My Heart Belongs to You en 1947.
What The Blues Will Do en 1949.
Sixty Minutes To Wait en 1951.
I’ll Always Remember You en 1956.
Last Goodbye Blues en 1960.
You Can’t Live In This World By Yourself en 1960.
You Keep Me Yearning en 1960.
Bluesman, documentaire de 1973.

© : IMDb.