
Pour la cinquième année consécutive, je vous propose ma liste des 10 disques qui ont selon moi marqué cette année 2025. Comme toujours, je vous rappelle qu’il ne s’agit pas d’un classement, mais seulement d’une liste de mes dix disques préférés. En revanche, courant janvier, je publierai cette fois un véritable Top 10 de ces albums de l’année 2025. Comme l’année dernière, outre les disques, je vous proposerai aussi une liste de mes cinq livres favoris. Le neuvième album est « Talkin’ Heavy » par D.K. Harrell, sorti chez Alligator Records. Le chanteur-guitariste né en Louisiane en 1998 s’est imposé depuis 2023 parmi les révélations majeures du blues actuel. Malgré son jeune âge, il fait preuve d’une grande maturité au chant comme à la guitare, tout en démontrant également des aptitudes d’écriture, et sur le présent disque, il signe ou cosigne onze chansons sur douze.

Son premier album en 2023 chez Little Village, « The Right Man », numéro 2 de mon Top 10 d’alors, avait été salué par la critique. Depuis, Harrell a donc changé de label, mais Alligator l’entoure de plusieurs artistes déjà présents sur son disque initial. À commencer par l’omniprésent Kid Andersen, qui se charge évidemment de la production et des parties de guitare rythmique, tout en contribuant aux textes sur sept chansons. Jim Pugh (fondateur de Little Village Foundation) est l’auteur de la chanson Good Man, et il ne laisse à personne le soin de jouer des claviers (piano et orgue). Andrew Moss complète à la basse le groupe « de base » mais les invités sont légion, dont plusieurs souvent employés par Andersen : Aaron Lington et Mike Rinta aux cuivres, June Core et Derrick D’Mar Martin à la batterie, Lisa Leuschner Andersen, Tia Carroll, Cathy Lemons et Alabama Mike aux chœurs… Mais la liste est longue et je vous invite à consulter le site d’Alligator à cette adresse pour prendre connaissance de tous les intervenants.

Les trois premières chansons rassemblent en quelque sorte les grandes influences de D.K. Harrell, si on excepte bien sûr B.B. King déjà clairement identifié. En ouverture, A Little Taste débute sur un tempo funky mais la voix, les cuivres, l’orgue et la guitare qui convoque Albert Collins s’imposent énergiquement. C’est très moderne, le ton est donné. Ensuite, sur Grown Now, Harrell affirme toute sa maturité avec une guitare incisive et intense que Freddie King n’aurait pas reniée. Enfin, Talkin’ Heavy fait très mal et se distingue avec sa guitare hyper tendue (rare d’atteindre de tels sommets dans le genre) dont le phrasé rappelle davantage Albert King. Mais D.K. Harrell n’est pas un imitateur. Il s’inspire certes de ses illustres pairs, mais outre la maturité déjà citée, la maîtrise, l’aisance et le naturel avec lesquels il s’exprime n’appartiennent qu’à lui. À vingt-sept ans, s’il vous plaît…

Dès lors, après avoir planté le décor, il peut s’aventurer sur différentes pistes, parfois inhabituelles pour lui. C’est le cas sur l’étonnant PTLD, avec sa guitare à la B.B. King qui s’accommode d’arrangements typés disco avec chœurs et paroles à l’unisson ! Plus loin, Into the Room tend vers un R&B funky rehaussé d’une guitare mélodieuse, pendant que No Thanks to You permet au leader de s’essayer à la ballade soul, sur laquelle il parvient à dominer les cordes des arrangements. Life’s Lesson est une ballade bluesy, puis, dans un registre très différent, Good Man, emporté par des percussions et des chœurs déchaînés, est particulièrement emballant. De même, le Jump Blues Liquor Stores and Legs privilégie le dynamisme (mais aussi l’humour), avec un groupe très compact à l’efficacité imparable. Les chansons mentionnées dans ce paragraphe démontrent que D.K. Harrell ne souhaite pas s’enfermer dans un canevas trop restrictif.

Mais il ne néglige pas pour autant ses classiques et délivre deux blues lents en retrouvant toute son intensité, Vibe With Me et What Real Men Do. Enfin, sur Praise These Blues, il réconcilie blues et gospel (« If you listen to the blues, don’t be ashamed, for the blues and the gospel are just the same »), se souvenant sans doute qu’il a débuté en chantant à l’église. Tout en confirmant tout le talent de D.K. Harrell, un défi pas toujours évident à relever, cet album apparaît plus audacieux. Très souvent, les artistes s’engagent pour plusieurs disques en signant pour Alligator. Si c’est son cas, il devrait trouver un terrain favorable pour exprimer tout son impressionnant potentiel, et choisir la direction qui lui convient le mieux pour jouer assurément un rôle important dans le blues de notre époque. Voici maintenant quatre extraits en écoute, Talkin’ Heavy, Good Man, Vibe With Me et Liquor Stores and Legs.

