
Il est bien entendu toujours hasardeux d’écrire qu’un instrumentiste est le meilleur de l’histoire, mais en termes de batterie et plus particulièrement de Chicago Blues, Fred Below fut un chef d’école indiscutable. Et un roi du shuffle, un maître du backbeat, une forme de contretemps caractérisée par une pulsation appuyée mais qui reste très souple, et qui avec la basse servira d’assise rythmique à tous les groupes du blues moderne à partir du tournant des années 1940 et 1950. Below n’a pas enregistré sous son nom (hormis un album partagé avec Eddie Clearwater et Eddie Taylor) et il ne chantait pas. Comme accompagnateur, il intervint auprès des plus grands du blues, mais il est également présent sur plusieurs standards du rock ‘n’ roll de Chuck Berry… Je me contenterai ici d’évoquer les grandes lignes de son parcours, car avec des artistes d’une telle stature, les longs discours doivent toujours s’effacer au profit de la musique. Vous trouverez donc plus bas une sélection de vingt-cinq chansons qui me semblent bien illustrer la carrière de ce géant des fûts.

Frederick Below Jr naît le 6 septembre 1926, il y a donc tout juste un siècle, à Chicago, sans doute pour être d’emblée au meilleur endroit afin d’écrire l’histoire du blues moderne. Il étudie la musique au lycée, d’abord le trombone puis rapidement la batterie à la Dusable High School, qui doit son nom à Jean Baptiste Pointe du Sable (les graphies Pointe DuSable et Point de Sable circulent également), fondateur de Chicago, et forme à quatorze ans un premier groupe avec deux futurs jazzmen de renom, le saxophoniste Johnny Griffin et le bassiste Eugene Wright. Il part une première fois à l’armée en 1945 et se débrouille pour continuer de taper sur un peu tout ce qu’il trouve, dont des casques et des boîtes. Revenu à la vie civile en 1946, il reprend ses études musicales à la Roy C. Knapp School of Percussion, puis repart deux ans plus tard sous les drapeaux. Stationné en Allemagne, il rejoint le 427th Army Band, avec lequel il se produit souvent à Paris tout en fréquentant d’autres grands jazzmen dont Coleman Hawkins et Kenny Clarke.

De retour à Chicago au début des années 1950, il constate que les musiciens qu’il connaissait ont leurs propres formations et que le jazz est un peu au creux de la vague. Il décide alors de se tourner vers le blues qui lui est pourtant largement étranger. Mais Elga Edmonds (aka Elgin Evans), avec lequel il étudia à la Roy C. Knapp School of Percussion, lui ouvre les portes de la scène blues, d’autant plus facilement qu’il est lui-même le batteur d’un certain Muddy Waters ! En tirant le meilleur parti de sa formation de jazzman, Below adapte son style et entre dans le groupe des frères Myers, les Aces, qui compteront bientôt Little Walter. Le musicien impressionne, et au milieu des années 1950, il est le batteur maison du label Chess. À partir de là, on ne compte plus ses collaborations avec les bluesmen essentiels de l’âge d’or du blues moderne, et son influence s’étend même au-delà. Ainsi, avec Chuck Berry, il est notamment présent sur Brown Eyed Handsome Man, Too Much Monkey Business, School Days, Rock and Roll Music, Sweet Little Sixteen, Reelin’ and Rockin’, Little Queenie, Memphis, Tennessee et Johnny B. Goode ! Sans oublier sa participation aux albums de la période acoustique de J.B. Lenoir dans les années 1960, récemment évoquée ici. Fred Below continuera de se produire et de tourner abondamment, puis sa santé déclinera et il s’éteindra le 16 août 1988 à seulement soixante et un ans.

Voici donc comme promis vingt-cinq chansons par les artistes les plus prestigieux, sur lesquelles Below est à la batterie.
– Mean Old World en 1952 par Little Walter.
– Man(n)ish boy en 1955 par Muddy Waters.
– Lonely Hours en 1955 par Lowell Fulson.
– Don’t Start Me Talkin’ en 1955 par Sonny Boy Williamson II.
– You’re the One en 1955 par Jimmie (sic) Rogers.
– I Would Hate To See You Go en 1956 par John Brim.
– Cry For Me Baby en 1957 par Elmore James.
– Johnny B. Goode en 1958 par Chuck Berry.
– Checking On My Baby en 1958 par Otis Rush.
– Spoonful en 1960 par Howlin’ Wolf.
– Messing With the Kid en 1960 par Junior Wells.
– Let Me Love You Baby en 1961 par Buddy Guy.

– Hound Dog en 1965 par Big Mama Thornton.
– Talk To Your Daughter en 1965 par J.B. Lenoir.
– Five Long Years en 1965 par Eddie Boyd.
– Rollin’ and Tumblin’ en 1966 par Johnny Shines.
– Dust My Broom en 1966 par J.B. Hutto.
– Stockyard Blues en 1966 par Floyd Jones.
– Flip Flop and Fly en 1966 par Big Joe Turner.
– Train Fare Home en 1966 par Eddie Taylor.
– 39th and Indiana en 1967 par Charlie Musselwhite.
– Wang Dang Doodle en 1969 par Koko Taylor.
– Get Hip to Yourself en 1973 par Sunnyland Slim.
– Twenty Nine Ways en 1978 par John Littlejohn.
– The Highway Is My Home en 1979 par Magic Slim.

