
Yazoo fait incontestablement partie des labels les plus importants dédiés aux rééditions de disques des pionniers du blues des années 1920 et 1930, mais son catalogue s’est plus ponctuellement ouvert à d’autres genres dont le jazz et la country. Il a été racheté en 1987 par Shanachie qui a continué de rééditer des disques dans l’esprit du label originel, avec une exception en 2015, l’enregistrement de l’album « So Delicious par The Reverend Peyton’s Big Damn Band », dans un ensemble qui s’établit aujourd’hui selon Discogs à 275 références. Yazoo a en fait été créé en 1967 par Nick Perls (1942-1987), collectionneur « compulsif » originaire de New York issu d’une famille aisée, ce qui lui permet de dépenser des sommes élevées pour acheter des 78-tours souvent très rares. En 1964, il fait également partie du groupe de passionnés qui redécouvrent Son House durant le Blues Revival.

Progressivement, sur un équipement de qualité installé chez lui, il enregistre des albums à partir des 78-tours originaux, et en 1967, il fonde un premier label, Belzona, d’après Belzoni, une ville du Mississippi située dans le Delta. Le logo de la marque, avec une illustration qui montre un paon faisant la roue, s’inspire grandement de celui de Black Patti, créé quarante ans plus tôt par le célèbre producteur Jay Mayo Williams. Le catalogue de Belzona ouvre une des « séries 1000 » (en l’occurrence, L-1000) les plus fameuses des labels de blues avec Arhoolie, Bluesville et Biograph, sur lesquelles je m’arrête dans mon millième article du 11 octobre 2023, à une époque où mon site s’appelait encore « Les Temps du Blues »… Mais Perls fait face à la réclamation d’un label écossais appelé Beltona, et en 1968, pour éviter toute confusion, Belzona devient Yazoo.

Les cinq premiers albums de la série L-1000 sortis par Belzona sont les suivants, et tous seront ensuite réédités sous le nom de Yazoo.
– « Mississippi Blues 1927-1941 » (L-1001, 1967).
– « 10 Years in Memphis 1927-1937 » (L-1002, 1968).
– « St. Louis Town 1929-1933 » (L-1003, 1968).
– « Tex-Arkana-Louisiana Country 1929-1933 » (L-1004, 1968).
– « Blind Willie McTell 1927-1933, The Early Years » (L-1005, 1968).
Après quatre compilations régionales, le chanteur-guitariste Blind Willie McTell est donc le premier artiste individuel réédité par le label. La sixième référence, « The Blues of Alabama » (L-1006), paraît à la fois sous le nom de Belzona et de Yazoo. Vous l’aurez bien entendu compris, toutes les autres paraîtront ensuite chez Yazoo. Il est impossible ici de lister les artistes qui figurent au catalogue Yazoo tant ils sont nombreux, mais parmi tous les pionniers du blues, couvrant tous les styles et toutes les régions, des plus notoires aux moins connus, il ne doit pas en manquer beaucoup…

Au final, la série L-1000 s’arrêtera en 1989 au numéro 1083, pour la petite histoire « The Complete Works, 1927-1929 » des Cannon’s Jug Stompers. Quelques mois avant sa mort le 22 juillet 1987, Nick Perls avait donc vendu Yazoo à Shanachie, un label lancé douze ans plus tôt par Richard Nevins et Dan Collins. Mais cela ne signifie pas la disparition de Yazoo, et non seulement des disques conservant le nom de la marque continuent de sortir, mais à partir de 1991 une série 2000 est créée, constituée cette fois de CD qui remplacent les LP. Et l’artiste qui l’inaugure avec la référence 2001 n’est autre que Charlie Patton… Bien d’autres suivront dans cette série qui reprend des rééditions de LP Yazoo épuisés (avec souvent des inédits, des versions alternées ou remastérisées), et qui s’achèvent en 2005 avec la référence 2075. Aux côtés du blues, l’offre s’étend à d’autres styles traditionnels dont old-time music, string bands, jug bands, musique hawaïenne, children’s songs, spirituals… Bien qu’elle soit un peu en marge, on peut également citer la série 7000, dédiée à d’autres musiques ethniques de différents pays du monde. Pour approfondir le sujet, outre mon millième article mentionné plus haut (avec de nombreuses chansons en écoute tirées de la série L-1000), vous pouvez consulter la discographie spécifique de Stefan Wirz et la base de données Discogs.

