Leo « Bud » Welch, né un 22 mars

© : LG2014 / Blues Magazine.

Pour évoquer le parcours de Leo « Bud » Welch, je vous propose de reprendre l’hommage que j’avais publié le 20 décembre 2017 sur le site de Soul Bag au moment du décès du bluesman. Je réactualise toutefois mon texte en y ajoutant de nouveaux éléments, de nouvelles images et une sélection de chansons en écoute.
Les carrières de bien des bluesmen s’étendent couramment sur des décennies. Débutée très officiellement (sur disque) le 7 janvier 2014 avec la sortie de son premier album « Sabougla Voices », celle de Leo « Bud » Welch n’aura pas même duré quatre ans. Welch s’est en effet éteint le 19 décembre 2017 à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Mais il est vrai que l’artiste avait pris son temps, car lors de l’enregistrement de ce premier album précédemment cité, il était déjà dans sa quatre-vingt-deuxième année… Une carrière certes météorique, ponctuée de trois albums de son vivant (d’autres disques sortiront ensuite à titre posthume), mais cette brève période suffira à ce bluesman singulier pour marquer les esprits.

© : Discogs.

Leo Welch voit le jour le 22 mars 1932 à Sabougla, une minuscule localité du comté de Calhoun située environ 30 kilomètres à l’est de Grenada, Mississippi, qui marque la « frontière » orientale du Delta. Au sein d’une fratrie de douze enfants, il se trouve vite au contact de la musique, et, selon une habitude alors répandue dans ces régions rurales, il apprend dans son enfance plusieurs instruments dont l’harmonica et le violon. Mais, peut-être dès l’âge de six ans, il se bricole un diddley bow et commence aussi à chanter à l’église. Vers 1945, à treize ans, il se met plus sérieusement à la guitare en empruntant l’instrument d’un cousin plus âgé, R.C. Welch, et se découvre un réel potentiel. Dès lors, également marqué vocalement par le gospel, il commence à jouer lors de soirées et dans des églises, puis progressivement dans de petits clubs du comté.

Pilmigrage Music & Cultural Festival.

Issu d’une famille de métayers, il n’échappe pas aux travaux agricoles et ne songe certainement pas à devenir musicien professionnel. En 1951, il s’installe à Bruce, 35 kilomètres au nord-est de Sabougla, ce qui le rapproche de la région du Hill Country blues. À Bruce, après avoir cueilli du coton, il trouve finalement un emploi stable de bûcheron dans une scierie, un métier qu’il exercera pendant trente ans. Pour en savoir un peu plus sur ses débuts, on lira dans le numéro 222 de Soul Bag l’interview qu’il avait accordée en juillet 2015 à Éric Doidy. Au milieu des années 1970, il obtient plus d’engagements et fait évoluer sa musique vers le style personnel qu’on lui connaît : un mélange tumultueux de gospel (un style qui avait d’abord ses préférences, surtout à cause du manque de clubs), de Delta blues électrique et de Hill Country blues, le tout servi avec une voix presque sépulcrale et une guitare souvent surexcitée !

En 2014. © : Jeff Fasano.

Mais il lui faudra attendre l’année 2013 et sa rencontre avec le manager Vencie Varnado et le soutien de Big Legal Mess (il est amusant de noter que le nom de ce label pourrait presque définir la musique de Welch !) pour que sa situation évolue enfin de façon significative. Et de fait, la sortie en début d’année suivante de « Sabougla Voices » va propulser Welch en pleine lumière. Malgré son âge, l’octogénaire qui a eu tout le temps de forger sa musique singulière s’avère très crédible et il a de beaux restes. Son originalité et son jeu de scène complètent sa panoplie et il s’inscrit parmi les révélations de 2014. Profitant de ce succès, il sort un an plus tard toujours pour Big Legal Mess « I Don’t Prefer No Blues », sans doute un peu inférieur (l’effet de surprise joue moins et ses accompagnateurs sont parfois un peu trop « volubiles »), mais qui reste très consistant.

© : Discogs.

Un peu surgi de nulle part, Leo « Bud » Welch, à sa façon, est parvenu à quelque sorte à dépoussiérer le blues dont il a rallumé l’urgence, et personne ne s’y attendait. Celui qui n’avait pas pris l’avion avant 2014 va donc tourner intensivement, jusqu’en Europe et donc en France. En 2017, la sortie d’un CD et DVD live (« Live At The Iridium », enregistré en mars 2016) chez Cleopatra ne lui rend que partiellement hommage, ce qui nous donne beaucoup de regrets quand on sait combien Welch captivait sur scène. Toujours en 2017, Cleopatra propose « The Final Sessions », qui n’apporte rien par rapport à ses disques précédents… Dans la foulée, les Autrichiens Wolfgang Almer et Stefan Wolner lui consacrent le film Late Blossom Blues – The Journey of Leo « Bud » Welch, très bien reçu par la critique. Un documentaire sorti en avril 2018, quatre mois après sa mort. L’année suivante, Easy Eye Sound sort l’album « The Angels in Heaven Done Signed My Name », très réussi et issu de séances de 2015. Enfin également en 2019, Cleopatra commercialise « Don’t Let the Devil Ride », enregistré en public en juin 2017 dans le Mississippi mais avec les bluesmen allemands Wolfgang Bernreuther et Thomas Feiner. Ultime témoignage d’un artiste que l’on n’oubliera pas.

Le 7 mars 2016, Iridium Jazz Club, New York. © : Jack Vartoogian / Blues Compartido.

Voici maintenant dix chansons en écoute.
Me and My Lord en 2014.
Somebody Touched Me en 2014.
Girl in the Holler en 2015.
Sweet Black Angel en 2015.
Got My Mojo Workin’ en 2015.
Praise His Name en 2015.
Girl In the Holler en 2015.
Don’t Let the Devil Ride en 2015.
My Babe en 2016.
Still a Fool en 2017.

© : Late Blossom Blues.