
Smithsonian Folkways Recordings annonce pour le 3 avril 2026 la sortie d’un album dédié à Mahalia Jackson avec le Kronos Quartet, « Glorious Mahalia », de conception particulièrement originale comme nous le verrons plus loin. On ne présente évidemment pas Mahalia, généralement citée comme la meilleure chanteuse de gospel de l’histoire et parmi les grandes voix du XXe siècle. Même si elle refusait d’en chanter (à son sujet, on parle volontiers de gospel blues, surtout au début de sa carrière), elle fut profondément influencée par le blues et travailla ainsi longtemps avec Thomas Dorsey. Également très impliquée dans la lutte pour les droits civiques, Mahalia devint une ardente supportrice des leaders du mouvement, à commencer par Martin Luther King, et participa à nombre d’événements dont la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté du 28 août 1963.

L’album proposé par Smithsonian Folkways, qui compte onze plages, se démarque de la production habituelle. Aux côtés de classiques comme Sometimes I Feel Like a Motherless Child et God Shall Wipe All Tears Away, il comprend et arrangements des créations des compositeurs Stacy Garrop, Jacob Garchik et Zachary James Watkins, au service du Kronos Quartet. Ce quatuor à cordes de musique contemporaine, formé en 1973, soit l’année qui suit le décès de Mahalia, se compose aujourd’hui des violonistes David Harrington (membre fondateur) et Gabriela Diaz, de l’altiste Ayane Kozasa et du violoncelliste Paul Wiancko. Quatre des cinq premières plages sont en fait des interviews de la chanteuse par le journaliste et historien Studs Terkel, la cinquième étant une relecture avec le quatuor de Sometimes I Feel Like a Motherless Child, pour un résultat franchement stupéfiant…

Après une version de God Shall Wipe All Tears Away par le Kronos Quartet sur un arrangement de Jacob Garchik, les pièces qui suivent se rattachent davantage aux droits civiques, et les deux dernières sont hautement symboliques. Sur la première, Peace Be Till IV, Symphony of Social Justice, Clarence B. Jones, avocat, ami proche et rédacteur de discours de King, lit la lettre rédigée par ce dernier le 16 avril 1963 (« Letter from Birmingham Jail ») durant sa détention à la prison de Birmingham, Alabama. Enfin, Tell ’em about the dream! (« Dis-leur au sujet du rêve !»), se rapporte à un épisode fameux du discours de la Marche sur Washington, Mahalia n’hésitant pas à interpeler King pour qu’il pense à parler de ce « rêve » censé nourrir et guider les Afro-Américains… Il ne s’agit donc pas d’un disque de nouveautés ou d’inédits de Mahalia Jackson, mais bien d’un hommage à l’œuvre et aux engagements de cette artiste essentielle. L’album se précommande à cette adresse et deux extraits sont disponibles, Sometimes I Feel Like a Motherless Child et Peace Be Till IV, Symphony of Social Justice.

