Chuck Willis, né un 31 janvier

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Nous fêtons aujourd’hui le centenaire de la naissance de Chuck Willis, hélas mort à seulement trente-deux ans alors qu’il était au faîte de sa popularité. Superbe chanteur dans un registre qui englobait le R&B, le blues (avec des ballades géniales !) et le rock ‘n’ roll tout en préfigurant la soul, il fut aussi un parolier avisé qui a marqué les années 1950 malgré sa trop courte carrière. Il naît donc Harold Willis le 31 janvier 1926 à Atlanta, la capitale de la Géorgie. Son père travaille pour la compagnie ferroviaire Southern Railroad, mais c’est un alcoolique invétéré qui laisse sa belle-mère l’élever. En outre, il perd sa mère en 1941. Comme il vit non loin de Decatur Street dans le quartier afro-américain où les clubs sont nombreux, il commence à l’adolescence à chanter dans le cadre de teen canteens (des lieux de divertissement durant la Seconde Guerre mondiale) et lors de soirées, et se fait désormais appeler Chuck Willis (son cousin, le bluesman Chick Willis, s’en inspirera pour son propre surnom).`

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Un peu plus tard, vers 1947, il est remarqué par un animateur radio influent de la ville, Zenas « Daddy » Sears, un Blanc qui est un des premiers du genre à programmer de la musique noire dans la région, et qui organise des concours de chant. Convaincu par le talent de Chuck Willis, il lui permet de chanter dans les orchestres locaux de Roy Mays et Red McAllister. Grâce à Sears, Willis parvient à décrocher un contrat avec Columbia, chez qui il enregistre un premier single, Can’t You See/It Ain’t Right To Treat Me Wrong, qui sort en mai 1951. D’autres suivent pour OKeh, la filiale de Columbia, et plusieurs chansons mettent en avant son écriture et seront reprises par des artistes prestigieux : Dont Deceive Me (Ruth Brown, Little Richard, Screamin’ Jay Hawkins, James Brown), You’re Still My Baby (Otis Redding, Ike & Tina Turner), I Feel So Bad (Elvis Presley), sans oublier Oh What A Dream écrite pour Ruth Brown…

En 1952. © : Gilles Pétard / Redferns / Getty Images.

En 1956, il signe chez Atlantic, grave cette même année It’s Too Late qui sera reprise par Otis Redding et Freddie King, et donne un nouvel élan à sa carrière. Il doit toutefois son plus grand succès à une reprise, C.C. Rider, qui atteint la première place des charts R&B de Billboard en 1957. Son interprétation, sur un tempo rock ‘n’ roll ralenti et chaloupé, serait à l’origine d’une forme de danse appelée stroll, et vaudra à Willis d’être surnommé « The King of the Stroll » car il ne manquera pas d’exploiter la « recette », par exemple sur Betty and Dupree. Willis soigne aussi son apparence, apparaît coiffé d’un turban, ce qui, allié à son jeu de scène, est à l’origine d’un autre surnom, « The Sheik of Shake » (le cheikh du déhanché !). En 1958, il retrouve le sommet des charts avec What Am I Living For (qu’il n’a pour une fois pas écrite non plus !), ce qui laisse augurer du meilleur pour la suite. Mais malgré son jeune âge, Chuck Willis est en mauvaise santé. Gros buveur comme l’était son père, il souffre souvent d’ulcères à l’estomac, et lors d’une opération pour une péritonite, il décède le 10 avril 1958 à trente-deux ans.

Vers 1955. © : Michael Ochs Archives / Getty Images.

Voici maintenant huit chansons en écoute.
Can’t You See en 1951.
Dont Deceive Me en 1953.
I Feel So Bad en 1954.
You’re Still My Baby en 1954.
It’s Too Late en 1956.
C.C. Rider en 1957.
Betty and Dupree en 1957.
What Am I Living For en 1958.

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