Ça s’est passé un 21 janvier : Chuck Berry s’entoure de bluesmen

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J’ai toujours pensé, même s’il n’en est pas l’inventeur car c’est la conjonction de bien des facteurs, que Chuck Berry est le plus grand créateur du rock ‘n’ roll, dans le sens où il nous laisse un nombre incomparable de classiques de cette musique. À cela s’ajoute sa diction parfaite (sur ce plan, je ne lui vois pas d’égal), un jeu de guitare novateur et bien plus abouti qu’il n’y paraît, un sens consommé de la scène, enfin des talents de parolier que nul ne saurait nier. Son art, car il s’agit bien de cela dans le sens le plus noble du terme, en fait une des figures centrales de la musique populaire du XXe siècle. En 1977, la NASA envoie dans l’espace les deux sondes Voyager à destination d’éventuels extraterrestres, avec sur deux disques trente et une chansons dont des œuvres de Mozart, Bach, Stravinsky, Beethoven et… Johnny B. Goode de Chuck Berry ! Son œuvre est aussi à l’origine de phrases mythiques qui en disent long sur son influence. Ainsi John Lennon : « Si on devait donner un autre nom au rock ‘n’ roll, on devrait l’appeler Chuck Berry. » Et bien sûr Muddy Waters : « Le blues a eu un bébé, on l’a appelé rock ‘n’ roll. »

Muddy Waters et Chuck Berry, Capital Jazz Festival, Knebworth, Angleterre, 1981. © : Brian Rasic / Getty Images.

Et justement, en 1955, le registre de Berry est proche du blues qu’il teinte aussi de R&B et de country. En mai de la même année, de passage à Chicago, il rencontre Muddy Waters qui l’invite à se rapprocher de Leonard Chess. Ce sera le début d’une longue et fructueuse collaboration avec le plus important label de blues de l’époque. Berry signe alors la plupart de ses plus grands chefs-d’œuvre entouré des meilleurs bluesmen de l’âge d’or du blues moderne ! Ce sera donc le cas le 21 janvier 1957, il y a tout juste soixante-neuf ans, le temps d’une session toutefois un peu particulière. Ce jour-là, Chuck Berry grave d’abord School Day(s), un de ses plus grands standards qui comme bien d’autres truste les premières places des classements de Billboard, n° 1 des charts R&B, n° 3 du Hot 100, et qui lui vaut même sa première apparition dans ceux du Royaume-Uni (n° 24 du UK Singles Chart). Mais les trois autres chansons enregistrées ce même jour se démarquent de sa production habituelle et prouvent son éclectisme : sur Deep feeling, Low feeling et Blue feeling, Chuck Berry joue en effet de la steel guitar avec une sensibilité désarmante. Quant à ses accompagnateurs, je me garderais bien d’oublier de les citer car ils font partie des « monstres sacrés » du blues : Hubert Sumlin (guitare rythmique), Johnnie Johnson (piano), Willie Dixon (basse) et Fred Below (batterie)…

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