
Ce chanteur-guitariste de Chicago fait partie des bluesmen très méconnus malgré un talent indéniable, et ce serait regrettable de ne pas revenir sur son parcours. Johnny Laws voit le jour le 12 janvier 1943 à Chicago, qu’il ne quittera jamais. Il est l’aîné d’une fratrie de trois garçons et deux sœurs, né d’une mère au foyer et d’un père docker. Sa biographie est mal renseignée et cette publication repose grandement sur l’article de Steve Sharp « Chicago Special: Johnny Laws », publié en juillet 1993 dans le numéro 110 de Living Blues. Sa famille n’est pas spécialement impliquée dans la musique, même si un de ses frères joue de l’orgue à l’église, pendant qu’un cousin, Lucky Laws, enregistrera un single en 1964 dans une veine soul/R&B. La mère de Johnny Laws lui offre une guitare pour Noël en 1959, mais il chantait déjà depuis quelques années. Durant son apprentissage, il s’intéresse d’abord à Sam Cooke et James Brown, mais sa première grande influence sera Brook Benton, dont il apprécie tout particulièrement la souplesse vocale.

Il bénéficie aussi des leçons de grands bluesmen, Buster Benton (sans lien de parenté avec Brook) et Jimmy Reed, qui le prennent en quelque sorte sous leur aile. Laws arrête l’école après la seconde pour se consacrer davantage à la musique, et il commence à se produire professionnellement au milieu des années 1960, dans un registre étendu qui englobe R&B, soul et blues. Il se produit avec le joueur de bongo Robert Lee Daniels puis forme son premier groupe, qui comprend un guitariste rythmique, un saxophoniste et une section rythmique. Durant quelque temps, il exerce comme barman au Lee’s Unleaded mais sa principale source de revenus vient bien du blues. Laws joue essentiellement dans les clubs du South Side, plus rarement dans le North Side, apparaît au Chicago Blues Festival et parvient à tourner un peu dans différents États dont le Wisconsin, le Mississippi et la Louisiane, mais sans enregistrer.

Sa chance survient lors de deux séances pour Wolf le 6 juin et le 5 juillet 1994, qui débouchent sur la sortie l’année suivante de son premier album très réussi, « My Little Girl », sur lequel il s’entoure d’artistes de grande valeur qui ne sont autres que les membres du groupe de Magic Slim : John Primer (guitare), Nick Holt (basse) et Earl Howell (batterie), auxquels s’ajoute en invité Little Mac Simmons à l’harmonica sur quatre chansons. Mais Johnny Laws met en avant ses propres qualités, son jeu de guitare agile qui peut se faire très intense, et surtout sa voix très personnelle, soulful, douce et un peu haut perchée, qui lui permet d’être à l’aise sur tous les tempos. Quatre ans plus tard, il signe chez Electro-Fi un deuxième album, « Blues Burnin’ in My Soul ». Si les accompagnateurs sont moins prestigieux, ce disque est néanmoins probablement supérieur au premier… Il n’aura malheureusement pas d’autres opportunités d’enregistrer mais continuera d’écumer les clubs de la Windy City. Johnny Laws s’est éteint le 28 mars 2021 à l’âge de soixante-dix-huit ans. Pour conclure, voici trois extraits de son deuxième album, Driving Wheel, Ain’t that Lovin’ You Baby et Don’t Drive Me Away.

