Les disques de l’année 2025, # 10 : « Memphis Slim »

© : Bluesville Records.

Pour la cinquième année consécutive, je vous propose ma liste des 10 disques qui ont selon moi marqué cette année 2025. Comme toujours, je vous rappelle qu’il ne s’agit pas d’un classement, mais seulement d’une liste de mes dix disques préférés. En revanche, le 15 janvier, je publierai cette fois un véritable Top 10 de ces albums de l’année 2025. Comme l’année dernière, outre les disques, je vous proposerai aussi une liste de mes cinq livres favoris. Le dixième et dernier album est « At the Gate of Horn » par Memphis Slim, sorti chez Bluesville Records. Il s’agit de la deuxième réédition de cette sélection. Mais à compter de l’année prochaine, je dissocierai les nouveautés proprement dites des rééditions, avec un Top 10 dans le premier cas et un Top 5 dans le second. Il y a en effet largement de quoi alimenter les deux catégories…

L’EP sorti en préambule de l’album. © : Discogs.

En 1959, Memphis Slim est au sommet de son art. Dès ses débuts discographiques en 1940, il signe ses premiers chefs-d’œuvre pour Bluebird, puis d’autres après la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, Messin’ Around (écrit par Floyd Hunt) atteint la première place des charts R&B de Billboard en 1948, et l’année suivante, sa version de Every Day I Have the Blues (d’abord enregistrée sous le titre Nobody Loves Me) devient un des plus grands standards du blues. Durant les années 1950, le chanteur-pianiste signe d’autres réalisations de grande qualité sur lesquelles il est en outre bien entouré (sections de cuivres étoffées, association avec le guitariste Matt « Guitar » Murphy), mais il peine à s’engager durablement avec un label important. Les choses changent en 1958, quand Vee-Jay Records s’intéresse à lui.

Matt « Guitar » Murphy et Memphis Slim en 1963. © : Horatio Lopez Kohan.

Le label fondé en 1953 par Vivian Carter et son futur mari James C. « Jimmy » Bracken sort d’abord un EP 4-titres, « What’s the Matter? », dont deux faces sont gravées en janvier 1958 et les deux autres le 18 août 1959. Les deux chansons de cette dernière session, Steppin’ out et My Gal Keeps Me Crying, rejoignent les dix autres enregistrées le même jour pour constituer l’album « At the Gate of Horn ». Contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, cet album n’a pas été réalisé en public dans un club connu à Chicago, mais dans le studio de Vee-Jay dans cette même ville… Les musiciens sont les mêmes que sur l’EP (voir liste dans ma chronique ci-dessous) et le résultat est absolument stupéfiant. D’aucuns affirment qu’il s’agit du meilleur album de Memphis Slim, pourtant prodigue en la matière, et je partage volontiers leur avis… Je vous invite maintenant à lire ci-dessous le texte de ma chronique publiée dans le numéro 260 de Soul Bag, et j’ajoute quatre extraits en écoute, Mother Earth, Slim’s blues, Steppin’ out et Gotta find my baby.

© : Discogs.

MEMPHIS SLIM
AT THE GATE OF HORN
Pour son premier LP sorti en 1959 chez Vee-Jay, le chanteur-pianiste s’entourait de musiciens parmi les meilleurs de l’époque (dont plusieurs non crédités sur l’édition originale !), avec Matt « Guitar » Murphy à la guitare, John Calvin, Alex Atkins et Ernest Cotton aux cuivres, Sam Chatmon à la basse et Billie Stepney à la batterie. Tout est parfait sur ce disque. À commencer par les blues lents, qu’ils mettent en avant les dialogues piano-guitare (Blue and lonesome, Lend me your love, Mother Earth), la voix magnifique de Slim (Slim’s blues) ou le jeu étincelant de Murphy (Messin’ around). En cette période encore dominée par le rock ‘n’ roll, Slim assène des titres sur un tempo rapide (Steppin’ out et son solo de guitare irréel, Rocking the house et Gotta find my baby avec un saxo qui emporte tout) qui démontrent sa maîtrise du style. Citons encore The comeback et Sassy Mae pour la cohésion du groupe, mais chaque morceau mériterait une étude détaillée. Ce disque ne dure que 34 minutes, mais à l’écoute de telles œuvres, on comprend pourquoi nous avons affaire à des monstres sacrés de cette musique.
© : Daniel Léon / Soul Bag.

© : Discogs.