
Dans une forme plus longue, le Hill Country Blues est également appelé North Mississippi Hill Country Blues. Il s’est en effet développé dans une région de collines au nord de l’État du Mississippi (et donc pas très loin de Memphis), qui comprend les cinq comtés de Marshall, Panola, Tate, Tippah et Lafayette. Les villes principales sont Oxford, Holly Springs, Senatobia ou encore Como… Bien que le Delta soit tout proche, le paysage diffère grandement car les collines sont verdoyantes et les forêts très présentes. La plus ancienne tradition musicale liée au blues dans la région est le fife and drum (fifre et tambour), qui puise ses origines dans la musique militaire antérieure à la guerre de Sécession, le blues rural et les rythmes africains. Sid Hemphill, Napoleon Strickland et Otha Turner, dont la petite-fille Shardé Thomas perpétue aujourd’hui l’héritage, sont les figures les plus connues du fife and drum.
Mais l’émergence du Hill Country Blues proprement dit est plus récente. Mississippi Fred McDowell en fut le pionnier au moment de sa découverte en 1959. Alors âgé de cinquante-cinq ans, nul doute qu’il avait mis sur pied son style très abouti depuis des décennies, même si son usage de la guitare slide l’apparente aussi au Delta Blues. Deux personnages vont jouer un rôle essentiel dans l’évolution du Hill Country Blues, R.L. Burnside et Junior Kimbrough, qui auront de nombreux descendants qui eux aussi poursuivent la tradition. Il faut évidemment y ajouter Jessie Mae Hemphill, qui débuta avec son grand-père Sid Hemphill. Tous chanteurs-guitaristes, ces artistes vont échafauder le Hill Country Blues tel qu’il est encore pratiqué : une musique très rythmée, syncopée, minimaliste et dépouillée, avec une large place laissée à l’improvisation. Il s’agit sans doute de la forme la plus hypnotique du blues, et aussi la plus proche de ses racines ouest-africaines.

Je consacrerai ultérieurement un article spécifique au Hill Country Blues, mais en attendant, je vous propose un portfolio de vingt-cinq images qui montrent des artistes représentatifs de ce style si excitant, passés et actuels, tout en étant conscient que d’autres auraient aussi eu leur place. Ce portfolio me permet aussi de mettre en avant le travail important de George Mitchell, très fin connaisseur du Hill Country Blues. Dès les années 1960, cet historien, producteur, auteur et donc photographe a rencontré et enregistré les pionniers cités plus haut. En 2013, il a publié un remarquable ouvrage, Mississippi Hill Country Blues 1967 (University Press of Mississippi), d’où sont tirées huit images qui illustrent cet article. Et comme nous avons également d’excellents photographes en France, j’ai retenu six clichés de Philippe Prétet.























La plaque de la Mississippi Blues Trail à Holly Springs, 1er juillet 2015. © : Philip Knecht / The Historical Marker Database.
